Justice en ligne
L’avenir du Palais de Justice de Bruxelles : six lauréats pour un concours
par William Matgen, le 10 juin 2011

Le 15 mai 2011 s’est clôturée, au Palais des beaux-arts de Bruxelles (« Bozar »), l’exposition « Architecture for Justice », qui mettait à l’honneur, dans le cadre du concours international d’idées « Brussels Courthouse, imagine the future », une sélection des nombreux projets de réaffectation du Palais de Justice de la capitale. A cette occasion, « Justice-en-ligne.be » revient sur les propositions formulées par les six lauréats de ce concours organisé par la Régie des Bâtiments et le Service public fédéral Justice, à l’occasion de la présidence belge de l’Union européenne en 2010.

Les six lauréats retenus peuvent être classés en deux catégories dès lors qu’ils ont dû choisir entre deux scénarios : le maintien ou l’abandon de la fonction judiciaire du Palais de Justice.

Le parti d’un Palais conforté dans ses affectations judiciaires a été pris par les trois premières équipes présentées ci-après. Ces candidats concluent de concert que l’édifice de l’architecte Joseph Poelaert marque, par son architecture monumentale, le symbole du triomphe de la justice.

Temporary Association Palace of Justice : « Redevelopping the basement of the Palace of Justice »

Cette association d’architectes et d’urbanistes belges plaide pour une césure du bâtiment en trois zones, distinguées les unes des autres par la fonction qu’elles se voient confier (images 1 et 2, ci-jointes).

Le socle de l’édifice, tout d’abord, servirait de plate-forme commerciale facilitant une jonction entre le bas et le haut de la ville. L’ouverture des fondations du Palais au public permettrait ainsi une réappropriation des rues disparues de l’ancien quartier du Galgenberg, sur les ruines duquel est née l’œuvre de Joseph Poelaert.

L’escalier des Minimes, par le lien qu’il crée entre le quartier des Marolles et la place Poelaert, le dôme, par le panorama qu’il offre sur la ville et les cours intérieurs, par leur charme et leur quiétude, marqueraient, quant à eux, les étapes d’un parcours touristique et culturel hors du commun.

Enfin, le reste du Palais, composé des salles d’audience, des bureaux et des corridors, resterait entièrement dévolu, à la fonction judiciaire.

Surentu-De Mul Architects : « A new quarter of justice in Brussels, judging in a contemporary environment »

Contrairement à l’équipe précédente, ce bureau d’architecture néerlandais n’agit pas uniquement sur le bâtiment du Palais mais entend également transformer l’ensemble de la place Poelaert en un cloître dédié à la justice (image 3). Cette métamorphose nécessiterait deux aménagements.

D’une part, une clarification de la direction de la place qui se verrait délimitée, côté Louise, par un nouvel immeuble abritant des fonctions judiciaires et, côté Marolles, par la plantation d’arbres n’occultant pas la vue magnifique sur le bas de la ville. D’autre part, le transfert du trafic automobile et des transports en communs sous terre.

Les modifications apportées au Palais de Justice lui-même seraient, quant à elles, limitées à la création d’un atrium à l’arrière du bâtiment, zone réservée aux bureaux. Ce patio, créé par la jonction de trois cours intérieures, serait recouvert d’une verrière et verrait trôner en son cœur la cour d’appel, elle-même reliée à la salle des pas perdus par un système de passerelles (image 4).

La dernière innovation proposée par ce projet touche à une implantation des tribunaux plus conforme à la pyramide judiciaire. Ainsi, le Palais de Justice abriterait toutes les juridictions statuant en degré d’appel tandis que les tribunaux de premier ressort, comme le tribunal correctionnel, déménageraient dans les bâtiments situés aux alentours.

Elysium : « A public destination underneath the courthouse »

Du nom de ce lieu des enfers où, selon la mythologie grecque, les héros et les vertueux goûtent au repos après leur mort, cette seconde équipe hollandaise a, à l’instar de ses compatriotes, l’intention de faire de la place Poelaert, un « campus » de la justice reposant sur trois piliers. La place elle-même, tout d’abord, qui prendrait les traits d’une arcade fermée, intime car vidée de tout trafic et vouée à la justice.

Les immeubles bordant ce campus, ensuite, qui accueilleraient les administrations judiciaires.

Le Palais de justice, enfin, au sein duquel cohabiteraient de manière autarcique deux fonctions : le récréatif et le judiciaire. La première se matérialiserait par la création d’un « bazar mauresque » confiné dans le socle du Palais et dans lequel se croiseraient ruelles et squares parsemés de magasins et de bars. Les tribunaux, quant à eux, prendraient place dans les parties supérieures de l’édifice (images 5 et 6).

Liées par le second scénario, les trois équipes suivantes ont préconisé une nouvelle vie pour un Palais de Justice devenu inadapté à la fonction judiciaire.

Scale : « Pas de palais, pas de palais »

Empruntant son titre de projet à une célèbre réplique de Gérard Darmon dans le film « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre », le bureau d’architecture belge Scale part du postulat que Palais et Justice sont indissociables et que l’édifice n’a aucune raison d’être sans la fonction pour laquelle il a été érigé.

Il propose donc, non sans impertinence, de faire disparaître l’œuvre de Poelaert en étapes successives (image 7) afin d’y redévelopper un tout nouveau quartier (image 8) à la manière du dépeçage du Palais dioclétien de Split et de l’Amphithéâtre de Florence.

Graphical Art : « Rencontre urbaine »

Du constat que la justice n’a plus sa place au sein du Palais mais bien à la place Poelaert, cette équipe belge se lance dans une réforme copernicienne du quartier, une réforme qui repose sur trois propositions. La première tend à vider le Palais de Justice de toutes ses fonctions judiciaires en vue de les réunir dans un tout nouveau bâtiment, situé sur le long de la rue aux Laines. Cet immeuble moderne et transparent serait composé d’une partie horizontale, le « palais », où s’élèveraient de grands monolithes abritant les salles d’audience, et d’une tour verticale associant les fonctions judiciaires aujourd’hui éparses dans la ville (image 9).

La seconde concerne le réaménagement de la place Poelaert en un lieu piéton et multifonctionnel, cette pluralité étant réalisée par l’implantation de commerces, de logements et de bureaux (image 10). La troisième touche au Palais qui abandonnerait la justice au profit de la culture, devenant, au passage, un « Palais du Peuple ».

Pierre Silande et Mickaël Papin : « Rue du Palais »

Comme son nom l’indique, ce dernier projet vise à faire du Palais de Justice un lieu de passage, de connexion, la pièce maîtresse d’un réseau à la lisière entre le haut et le bas de la ville.

Les deux architectes français veulent ainsi faire en sorte que la ville se réapproprie le Palais de l’intérieur en transformant notamment la salle des pas perdus en un axe public reliant la place Poelaert à la rue Wynant et à la rue des Minimes (image 11).

Une attention particulière serait aussi portée au socle du bâtiment, qui se verrait enserré par une bande bâtie interrompue aux quatre portiques du bâtiment (image 12). Des cours intérieures maintiendraient un écart entre le socle du Palais et cette bande d’immeubles affectés à des fonctions diverses et variées : bureaux, logements, silo à parking, etc.

Votre point de vue (1 réaction)

  • Le 20 novembre 2011 à 16:08, par Olivier

    Merci au site d’avoir conserver une trace de cette exposition. Je n’étais pas sur Bruxelles et n’ai donc pas eu la possibilité de la découvrir. Voila chose faite.
    Je trouve intéressant d’une part de s’interroger sur le devenir du palais de justice. J’ai aimé les architectes qui ont intégré une requalification des abords. Actuellement la place est une espèce de non lieu. Détourner le trafic automobile permettrait de lui redonner un caractère public. La justice y gagnerait en symbolique d’accessibilité. Juste retour des choses quand on sait que Poelaert (l’architecte du palais de justice)a "écrasé" un quartier et ses habitants pour y édifier son bâtiment. La justice voulait à l’époque afficher sa toute puissance. Aujourd’hui je crois qu’elle à besoin de plus de proximité et d’équité.

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