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La formation professionnelle en prison
par Vincent Seron, le 2 janvier 2013

Un internaute nous interroge sur les axes principaux de la formation en prison.

Il s’agit d’une question essentielle, déterminante souvent pour les prisonniers au moment où, recouvrant leur liberté, ils sont appelés à se réinsérer socialement.

Vincent Seron, chargé de cours adjoint à l’Université de Liège, coordinateur de la formation certifiée Criminologie et Police, membre du Conseil central de surveillance pénitentiaire, nous dresse les grandes lignes de ce qui est (insuffisamment) prévu dans nos établissements pénitentiaires.

Dans le contexte carcéral, tant le travail que la formation jouent un rôle essentiel dans la préparation de la libération et de la réinsertion au sein de la société. En pratique, la formation en prison (qui, comme le travail, n’est pas une obligation) reste cependant trop souvent du domaine du privilège. Une proportion importante de la population détenue est pourtant gravement sous-scolarisée et les besoins en termes d’éducation sont particulièrement sérieux.

Types d’enseignements et de formations
Différentes sortes de formations et d’enseignements peuvent être organisées à l’attention des détenus, et ce peu importe la peine à laquelle ils ont été condamnés. Il existe ainsi des formations « générales », comprenant des cours d’alphabétisation et de remise à niveau, de langues, de préparation au certificat d’enseignement de base ou au jury de l’enseignement secondaire ; des formations « professionnelles » (métiers du bâtiment, carrosserie, informatique, gestion, cuisine, couture, esthétique) ; ainsi que des formations « sociales » (programmes de responsabilisation et de vie citoyenne).

Les détenus peuvent également entreprendre ou poursuivre des études supérieures mais la précarité financière et les difficultés d’accès aux différentes sources documentaires constituent souvent un frein à la volonté de s’inscrire dans de tels programmes d’études.

Organismes de formation
En prison, les formations sont dispensées par différents organismes qui sont issus soit du secteur de l’enseignement de la promotion sociale et de l’enseignement à distance soit du secteur associatif (atelier d’éducation pour personnes incarcérées, services d’aide sociale aux détenus, centre d’action laïque, organismes d’insertion socio-professionnelle, etc.).

Aspects organisationnels
La plupart des cours ont lieu dans l’établissement, en principe dans des locaux affectés à cet effet, mais il est parfois possible que ceux-ci se déroulent en dehors de la prison et que la situation de l’intéressé lui permette de sortir de l’établissement. Les modules de formation peuvent varier d’une heure par semaine à plusieurs heures par jour, étalés sur quelques semaines à plusieurs mois.

Les détenus peuvent par ailleurs demander à suivre gratuitement des cours par correspondance organisés par les Communautés.

Rémunération
Toutes les formations ne sont pas rétribuées. Certains détenus peuvent cependant recevoir des « indemnités d’études » ou une « prime d’encouragement », en fonction du programme qu’ils suivent. Ainsi, chaque détenu inscrit dans une formation qualifiante bénéficie d’une « gratification » de 0,62 €/heure.

Etant donné que les formations sont payées au tarif de base, voire non rémunérées, il n’est pas rare qu’un détenu abandonne la formation pour un travail plus financièrement attractif. En effet, les formations se donnent généralement pendant les heures de travail et le détenu doit donc choisir entre se former ou travailler. Les détenus en situation précaire opteront dès lors pour un travail, même inintéressant, en lieu et place d’une formation.

Votre point de vue (6 réactions)

  • Le 18 janvier à 19:06, par etre humain

    Bsr
    Encourager les détenus à se former par obligation.
    Il faut que les psychologue envahissent les pénitenciers.
    Alléger les conditions de détentions.
    Transformer la détention en une rétention pour les éléments sérieux.
    Garder toujours la détention sévère pour les récidivistes.

  • Le 6 février 2017 à 17:09, par DEHALU Pierre

    j’aimerais savoir si vous pourriez intervenir dans le cadre d’un atelier prévu lors d’un colloque qui sera organisé fin avril à Bruxelles par le Conseil de l’éducation et de la formation, en centrant votre intervention sur les bénéfices de l’approche par compétences pour les enseignants et les formés en milieu carcéral.
    N’hésitez pas à réagir. je peux aussi vous contacter par téléphone.
    D’avance merci.

  • Le 23 octobre 2015 à 12:55, par Pascal

    Bonjour,
    je suis actuellement, une Formation Professionnelle pour Adulte. Dans le cadre de cette formation, je désirerai faire un stage dans le milieu carcéral.
    Si quelqu’un peut m’orienter vers des organismes animant des formations dans ce milieu, merci de me contacter sur mon mail.
    verronpascal1965@gmail.com

  • Le 4 janvier 2013 à 12:27, par Gisèle Tordoir

    La réinsertion des détenus n’est possible que s’il y a réellement la volonté de s’en sortir et de redémarrer après la prison. Tant la formation que le travail sont des outils. Toutefois, je ne vois pas pourquoi on doit payer un détenu pour qu’il se forme ou qu’il travaille. J’estime que ces solutions sont prises en charge par la société, soit nous tous, que les détenus (sauf erreur) sont là pour purger leur peine. Alors que l’on donne les moyens pour que cela se fasse dans les meilleures conditions humaines possibles, c’est évident mais certainement pas qu’ils soient payés ou jouissent d’une remise de peine. Quoi encore ???Cela peut conduire à la situation aberrante qu’un détenu doté d’une bonne mémoire, d’un intérêt pour les études sortirait plus tôt qu’un autre qui n’aurait pas ces facultés ???Non, certainement pas d’accord...Une justice égale pour tous. Ce qui réduirait le nombre de détenus derrière les barreaux, victimes de conditions inacceptables (surpopulation, insalubrité, e.a.) c’est que les décideurs (juges et autres magistrats) envoient moins de personnes à l’ombre. La réinsertion doit commencer avant, voire à la place de, la taule. Plutôt proposer la réinsertion par la formation ou le travail, dans le but d’être utilisée pour un dédommagement des victimes ou de la société, à titre gratuit pour les condamnés, en lieu et place d’un emprisonnement. La prison doit rester la dernière solution quand on a tout essayer et seulement si la personne constitue un réel danger pour la société. Un suivi véritable doit être sérieusement mis en place. En mettant les moyens financiers et humains là où ils doivent se trouver, on évitera les punitions privatives de liberté et de dignité humaine. Un énorme chantier parmi tous les travaux en profondeur à entamer dans le monde judiciaire.

    • Le 25 février 2015 à 10:21, par Val

      Gisèle, à mon avis, ce qui réduirait le nombre de détenus derrière les barreaux, ce n’est pas "d’envoyer moins de personnes à l’ombre" mais justement d’offrir la possibilité aux détenus de trouver enfin leur voie plutôt que de les transformer en bête sauvage. Les récents faits d’actualité nous le prouvent : notre système carcéral est une spirale dont il est presque impossible de sortir. Comment ne pas récidiver quand on vous enferme entre 4 murs sans but ni chemin d’évolution ? Comment faisons-nous, nous, non détenus pour évoluer ? N’avons-nous pas eu la chance d’être guidés par nos parents, professeurs, collègues, amis ? La formation est une des meilleures solutions qui aide un humain à s’épanouir et à travailler sur lui-même et sur le sens de son implication sociale. Ne restons pas au Moyen-Âge ! Passons à une autre étape et comprenons que le seul moyen pour ne plus remplir nos prisons est de les aider à trouver ce qui va les motiver... Soyons Humains...

  • Le 3 janvier 2013 à 13:13, par Georges-Pierre Tonnelier

    Il me paraît évident que la formation est une des clefs pour la réinsertion des détenus, la réinsertion étant elle-même un moyen indispensable à la prévention de la récidive, donc, par conséquent, à la sécurité de la société.

    Il est donc dans l’intérêt collectif de proposer des formations de qualité aux détenus et de les encourager autant que l’on peut à les suivre.

    Un exemple fantastique est celui de Philippe Lacroix, ancien complice de Patrick Haemers condamné en 1984 à la peine de mort, qui est devenu enseignant après avoir passé son jury central et des études universitaires en prison.

    http://www.over-blog.com/Philippe_L...

    Si tous les détenus pouvaient accomplir le même parcours que lui, ce serait extraordinaire. Il est du devoir des autorités publiques de tout faire pour aller dans ce sens.

    Une autre suggestion : pourquoi ne pas conditionner des réductions de peine avec la réussite d’examens ? Par exemple, la réussite du jury central "vaudrait" une réduction d’un quart de la peine, d’une diplôme du supérieur, la moitié ? Ce serait une autre bonne motivation pour les détenus.

    Georges-Pierre TONNELIER
    Juriste spécialisé en droit des nouvelles technologies
    http://be.linkedin.com/in/georgespi...

  • Le 3 janvier 2013 à 09:34, par skoby

    Tout-à-fait d’accord avec ce qui précède. La formation est indispensable à la réinsertion.
    Le tout est de voir si cette formation est possible dans des prisons insalubres, où les prisonniers sont entassés dans des cellules insalubres, par cause d’un gouvernement toujours prêt à engager plus de fonctionnaires (les copains d’abord), que de donner à la Justice les moyens de fonctionner correctement.

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