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Un week-end à la nouvelle prison de Beveren : une expérience significative !
par Pauline Derestiat, le 31 mars 2014

Une centaine de volontaires ont accepté de se faire enfermer pendant 48 heures dans la nouvelle prison de Beveren quelques semaines avant que celle-ci n’accueille ses premiers détenus. L’expérience avait notamment pour but de tester les infrastructures de cet établissement flambant neuf où les nouvelles technologies règnent en maître mais aussi de faire vivre à ces volontaires l’expérience d’enfermement des 11.891 détenus actuels.

Pauline Derestiat, avocat au barreau de Bruxelles et membre de l’observatoire international des prisons (section belge), revient sur cette expérience et sur les leçons que l’on peut en tirer.

1. Pourquoi cette expérience ? Rien de tel pour comprendre la situation d’autrui que de « se mettre dans sa peau », dit la sagesse populaire. Et, de l’avis des participants, volontaires issus d’horizons différents (avocats, magistrats, agents pénitentiaires et journalistes), il ressort que cela a quelque peu chamboulé leur vision de la privation de liberté et de ses conséquences.

2. Après avoir été menottés durant leur transfert, avoir vu leurs effets personnels triés et avoir subi les fouilles comme tout autre prisonnier, nos volontaires ont donc rejoint leur cellule pour y vivre 48 heures d’immersion carcérale. Certains sont restés de longues heures en cellule, d’autres ont travaillé en cuisine ou servi le café par exemple.

3. Le Président de l’association des juges d’instruction de Belgique, Mr Van Cauwenberghe, a qualifié cette expérience d’exceptionnelle. Se livrant sur les ondes d’une radio belge, il explique avoir pris davantage conscience du vécu quotidien du prisonnier. Le plus difficile à vivre, déclare-t-il, ne sont pas les conditions de détention mais plutôt la privation de liberté en elle-même, l’état de dépendance totale à tous points de vue, l’impossibilité d’effectuer un quelconque mouvement sans en obtenir l’autorisation.

L’enfermement est en soi une expérience traumatisante qui peut provoquer des séquelles importantes chez un individu : claustrophobie, angoisse, décompensations psychiatriques, etc. Rappelons que le taux de suicide en milieu carcéral est beaucoup plus élevé que parmi la population libre et que beaucoup de détenus présentent un profil psychiatrique fragile.

Qu’aurait pensé M. Van Cauwenberghe si, comme la plupart des détenus, il avait subi des conditions de détention plus qu’inconfortables ? La plupart des établissements pénitentiaires sont insalubres, accueillent des rongeurs ou sont munis de cellules sans wc. Ajoutons encore le manque cruel de personnel médical ou d’intervenants psychosociaux. Mentionnons également le régime d’enfermement en cellule 23 heures sur 24 des détenus en détention préventive, l’absence de travail ou le placement de trois détenus dans des cellules de 9 mètres carrés prévues initialement pour une personne.

4. Depuis quelques années, de nouvelles prisons ont fleuri un peu partout en Belgique : après Andenne et Ittre, Marche, Leuze, Beveren et bientôt Haren… Dans ces établissements remplis de caméras et de gadgets design (établissements dont on sait déjà qu’ils seront remplis dès leur inauguration, ce qui pose à nouveau la question plus large de la politique pénale en Belgique), les infrastructures sont souvent automatisées et impersonnelles. Cette tendance à utiliser la haute technologie a pour conséquence de déshumaniser les prisons en amoindrissant le lien humain entre personnel pénitentiaire et détenus.

5. Sans nous attarder sur le sujet, qui mériterait à lui seul une étude approfondie, relevons que l’Etat belge a conclu des conventions de partenariats public-privé afin de construire, financer, gérer et entretenir ces nouvelles prisons. Il est pourtant interpellant de constater que, par nature, les différents intérêts en présence sont contradictoires. Les entreprises privées s’inscrivent en effet dans une logique de profit.

6. L’expérience du weekend à la prison de Beveren a eu le mérite d’attirer l’attention des acteurs du monde judiciaire sur les conséquences importantes d’un placement en détention. Faire enfermer une personne a non seulement des conséquences sur sa vie sociale (difficultés de maintenir un lien familial, perte d’un travail ou, à tout le moins, diminution des chances d’en trouver un…) mais également sur sa santé, qu’elle soit physique ou mentale.

Les réactions recueillies à l’issue de ce weekend démontrent que les acteurs judiciaires (qu’il s’agisse des avocats, des juges d’instruction ou de l’ensemble des magistrats) ont peu connaissance de la réalité carcérale. Ils sont, en effet, très peu à pousser réellement les portes des établissements pénitentiaires que certains magistrats remplissent pourtant par leurs décisions.

Certains ont pris conscience de la peur engendrée par les fouilles et du malaise créé par l’intrusion dans la vie privée des détenus.

7. Pour M. Van Cauwenberghe, si, pour une certaine catégorie de détenus, l’enfermement est nécessaire, il faut réfléchir à d’autres possibilités, notamment dans les cas de détention préventive.

Nous rappellerons, qu’en Belgique, seul un juge d’instruction a le pouvoir de placer sous mandat d’arrêt une personne, moyennant le respect des conditions prévues dans la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive. Si les conditions énumérées par ce texte sont strictes, la Belgique est tout de même une des (tristes) championnes en matière de détention préventive.

8. Selon Monsieur Van Cauwenberghe, il faut viser l’efficacité via un encadrement et une structure qui permettraient une réelle possibilité de formation et de réinsertion.

Or, actuellement, c’est la logique inverse qui prévaut.

Nous formulons le vœu que l’ensemble des acteurs de la justice pénale visite les lieux de détention (déjà peuplés ou surpeuplés) de manière régulière. Chacun doit être conscient des véritables conséquences de ses décisions et les prendre en connaissance de cause.

Votre point de vue (5 réactions)

  • Le 23 septembre 2014 à 22:47, par sab

    Bonjour à toute et à tous je viens ici car soie disant la prison de beveren et bien. Accès au ordinateur, accès au travail, diplôme blablabla foutaises ! Mon frère et incarcérée là-bas et étant français tu a le droit à rien il ne fond aucun effort pour vous aider ! Avoir un ordinateur de plus il faut le louer 15eurobpar mois il son sencer avoir des lien pour contacter la justice voir des articles etc et avoir la traduction anglais français néerlandais oui bien sur il y a que néerlandais donc il ne comprend pas de plus les lien à disposition ne fonctionne pas url inexcitent pas de traduction donc l’ordinateur ne serre à rien. De plus quand les surveillant vienne le voir et lui parle en néerlandais et qui lui dit qui ne comprend pas le surveillant par alors il ne sais même pas ce qu’il et venue lui diire alors si c’était un truc important il ne le sera pas ! De plus le règlement de la prison et en néerlandais et savez qu’il et française ...de plus sachant que c’est visiteur son français sans on vient il separle en treux et nous regarde mechament on le c’est qu’il n’aime pas les français ! De plus l’accès au diplôme et formation son que pour les belge... car il fond cours que en neerlandais de plus l’or de son jugement sachant qui et français et qui ce fait condamné il on fait toutble jugeent en néerlandais... alors qui ne sais pas ce qu’il on dit sans on ce fait jugée on veut pas savoir du à peut près par un traducteur mais du mot pour mot ! Aussi pour donner des livres par envoie postale aucun problème mais quand on le ramaine directent sur place sa pause pb ... alors que c’est pareil... alors moi je dit se cette prison et certe propre nouvel etc mais quand tu et étranger tu n’as aucune aide aucun soutient du personnel rien de rien. Et quand on demande à ce faire transféré du coter wallon ou en France la ou ça parle français et til normal d’attendre quatre mois ou plus ? Il fond tout pour qu’il pété un câble et sa dégénère au lieux laider.!

  • Le 3 avril 2014 à 15:51, par Gisèle Tordoir

    Le caractère exceptionnel de cette "expérience" est tellement exagéré tant il fait abstraction complète des réelles conditions d’enfermement. Ces volontaires n’étaient pas enfermés avec des colocataires délinquants. Foutaises et cinéma dès lors...De plus, quels coûts ? Tant qu’à coûter à la communauté, pourquoi aucun citoyen lambda, anonyme ou non, parmi les volontaires ??? Par crainte des arguments logiques et lucides, plus proches de la réalité ? D’autre part, pendant ce temps-là, qui résorbait le retard dans les cours ??? Pas ces "acteurs" en tous cas...La seule remarque qui rencontre mon ressenti est qu’une des pires sensations doit être la privation de liberté...Mais c’est bien là le but de la prison : écarter et mettre sous les verrous les personnes présentant un réel danger pour la communauté...La prison est un outil nécessaire qui doit impérativement et obligatoirement n’être utilisé que dans le respect et la dignité pour tous.

  • Le 2 avril 2014 à 14:56, par Georges-Pierre Tonnelier

    Je pense qu’il s’agit là d’une expérience fort intéressante.

    En effet, il faut toujours garder à l’esprit que les prisonniers sont, avant tout, des personnes humaines. Or, les magistrats ne sont pas toujours conscients du sort qui est réservé aux justiciables confrontés à l’appareil répressif de l’État.

    N’oublions tout de même pas que, parmi les personnes détenues, se trouvent également des innocents ! La détention préventive, qui peut se prolonger jusqu’en degré d’appel, est une mesure dont les juges d’instruction usent et abusent, pour pallier aux manquements dans la politique d’application des peines. Ils raisonnent ainsi : sachant que, sauf cas exceptionnel, le (futur) condamné ne remettra plus les pieds en prison, vu que les peines de moins de trois ans ne sont presque pas effectuées, chaque jour purgé en préventive est un moins un jour qu’il aura effectivement subi derrière les barreaux.

    De même, certains magistrats utilisent la détention préventive pour faire pression sur les suspects et les contraindre à avouer ou à dénoncer d’autres personnes.

    Sauf que, parmi les citoyens placés en détention préventive, certains seront innocentés par les juridictions du fond... Et c’est là que le bas blesse : seule une chiche intervention financière de l’État est prévue en cas de détention préventive inopérante supérieure à 7 jours, et aucun dédommagement n’est pas prévu pour les dommages annexes, liés, par exemple, à une perte d’emploi, à une mauvaise publicité dans les médias, à une perquisition, une saisie de matériel informatique, ou encore, plus simplement, les frais engagés pour se défendre (honoraires d’avocats).

    Georges-Pierre Tonnelier
    Juriste spécialisé en droit des nouvelles technologies
    https://plus.google.com/11515039729...

  • Le 2 avril 2014 à 13:26, par DDK

    D’aucun n’ignore, je l’espère que les participants, Magistrats du siège, du Parquet, avocats et autres acteurs du monde judiciaire, n’ont pas été traités cette semaine là, comme le sont parfois certains détenus... Il suffit de prendre connaissance de l’actualité judiciaire pour apprécier. Les deniers jugements et arrêts condamnant l’Etat Belge. Peut-on parler d’un expérience hors du commun. Peut être que sous le secret de leur identité les mêmes personnes devraient passer une semaine dans un prison et comparer les deux expériences...
    Aucun ne le fera c’est un fait.
    Donc dire que cette expérience apporte quelque chose, je me demande bien quoi ?
    Didier

  • Le 2 avril 2014 à 11:41, par skoby

    Excellente initiative et expérience. Ensuite nécessité évidente d’avoir des établissements
    propres et modernes, avec suffisament de place afin de ne pas devoir mettre 3
    personnes dans une cellule prévue pour une personne.
    Ensuite, ne pas tomber dans l’excès contraire. Tous les prisonniers ne sont pas des
    enfants de choeur. Il y a des assassins, des violeurs, des gens violents qui ne
    respectent rien ni personne. Donc pas trop de sentimentalisme !
    En ce qui concerne la conditionnelle : il faudrait la limiter à ceux dont on est certain
    de l’infraction grave commise ; à ceux qui présentent un risque pour la vie d’autrui ;
    à ceux qui risquent de fuir ; bref doit être limitée en fonction de l’individu.
    N’oublions tout de même pas que la prison est là pour punir ceux qui ont commis des actes graves, et ce ne sont ni des vacances, ni un hôtel 5 étoiles.

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