Justice en ligne
« Arrêts sur images : les représentations du juge à l’écran » : un colloque ouvert à tous à l’Université libre de Bruxelles les 13 et 14 mars 2015
par Julie Allard, le 20 février 2015

Qu’est-ce qu’un juge ? Comment le savoir ? Le cinéma et la télé nous en donnent-ils une image fidèle ?

Ces questions sont à la fois complexes (par exemple : un juge américain et un juge belge ne travaillent pas dans le même cadre et, au sein d’un même système, tous les juges n’exercent pas de fonctions identiques) et importantes.

Elles ne concernent pas seulement les juges et les juristes. Elles intéressent aussi les citoyens et les justiciables. Les amateurs de cinéma et de séries télévisées aussi sans doute, avec d’autres.

Cela valait bien l’organisation d’un colloque, ouvert au grand public, les 13 et 14 mars 2015 à l’Université libre de Bruxelles. Justice-en-ligne y a déjà fait écho.

Julie Allard, professeur à l’Université libre de Bruxelles et directrice du Centre de droit public de l’Université libre de Bruxelles, et Vincent Lefebvre, chercheur au Centre de droit public de l’Université libre de Bruxelles, nous le présentent.

1. Le Centre de droit public et le Centre de droit international de l’Université libre de Bruxelles consacrent ce colloque à la figure du juge et à ses diverses incarnations à l’écran. En effet, si le cinéma est friand du procès et de sa mise en scène, et si les spécialistes commencent à s’intéresser aux représentations du droit et de la justice que les films, séries et documentaires véhiculent (on recense même un mouvement « Law & Films » dans le monde anglo-saxon), on s’intéresse plus rarement au personnage du juge en tant que tel et aux multiples représentations qui en sont données à l’écran.

Les images qui mettent en scène le juge, qu’elles soient ou non de fiction, interrogent pourtant notre rapport à la justice, mais aussi la culture populaire et la tradition juridique dans laquelle nous baignons, soulevant des questions qui intéressent, au-delà des spécialistes, les citoyens qui souhaitent réfléchir à la place qui revient au droit dans notre société. Le juge est-il présenté, aux yeux du grand public, comme un simple arbitre ou ses actes pèsent-ils lourd dans le destin des personnages mis en scène ? Est-il le gardien d’un ordre établi ou au contraire une figure héroïque, capable de porter une cause juste ? Le juge d’instruction dans la tradition continentale est-il un officier de la vérité ou un contre-pouvoir ? Comment la figure du juge a-t-elle évolué dans le cinéma au cours des décennies et cette évolution reflète-t-elle un changement de pratique ou seulement de représentation ?

La domination culturelle américaine a-t-elle eu un impact sur nos approches de la justice ? Peut-on faire confiance au juge et comment appréhender l’erreur judiciaire face à l’omniprésence dans le cinéma du thème du « faux coupable » ? Trouve-t-on encore des juges au sein des sociétés, parfois inquiétantes, que nous dépeignent les œuvres de science-fiction ? Qu’est-ce que les séries télévisées judiciaires nous apprennent de la culture populaire et quelles images du droit et de la justice les dessins animés transmettent-ils aux plus jeunes ? L’image est-elle le reflet de la réalité de la justice et de ses problèmes ou au contraire une mise en scène souvent infidèle, tantôt apologétique, tantôt critique ? Pourquoi certaines juridictions éprouvent-elles le besoin de se filmer quand d’autres s’y opposent catégoriquement ? Voici quelques-unes des questions qui pourront être traitées durant ces deux journées d’étude, de réflexion et de débats, résolument placées sous le signe de l’interdisciplinarité et ouvertes à tous publics, qui se tiendront à l’Université libre de Bruxelles les 13 et 14 mars 2015.

Chaque intervention s’appuiera sur des extraits de films, permettant d’illustrer les propos et de partager avec le public les images à la source de la réflexion proposée.

2. Ce colloque fera l’objet d’une présentation dans les colonnes de La Libre Belgique dans les jours qui précéderont les 13 et 14 mars 2015. Un article lui sera également consacré dans les jours qui suivront au sein de Justice-en-ligne, ce qui permettra d’y poursuivre le débat.

3. Le programme du colloque est articulé autour de plusieurs ateliers, présentés ci-après : Vendredi 13 mars 8h30 : Accueil 9h : Introduction générale par Julie Allard (ULB)

Atelier 1  : Le juge face au pouvoir présidé par Johanne Poirier (ULB) Cet atelier est consacré aux rapports du juge au pouvoir : exerce-t-il un pouvoir et si oui de quelle nature, est-il soumis aux autres pouvoirs ou au contraire constitue-t-il un contre-pouvoir indispensable le juge intervient-il dans des rapports de force comment le juge affronte-t-il les puissants quand ils sont sur le banc des accusés quelle place tient le juge dans les périodes de crise politique etc. . 9h25 : Le juge face aux ruptures du pouvoir par Immi Tallgren (Institut Max Planck Luxembourg) et Antoine Buchet (magistrat, Commission européenne) 9h50 : Le juge d’instruction dans le cinéma français par Robin Caballero (Paris I et Humboldt-Universität zu Berlin). 10h15 : Pause-café 10h40 : Le juge et le Legal Realism dans les séries américaines par Valère Ndior (Paris I). 11h05 : Discussion 11h50 : Pause déjeuner

Atelier 2  : Le juge face au pluralisme juridique présidé par Barbara Truffin (ULB)

Cet atelier s’intéresse aux conflits de normes (juridiques, religieuses, familiales, mafieuses, révolutionnaires, etc.) et à la façon dont le juge appréhende les interactions entre divers systèmes normatifs hétérogènes, souvent sources d’incertitudes normatives. 13h : La doctrine du pluralisme juridique à l’écran : représentations et rapports de force par Olivier Corten (ULB) 13h25 : La judiciarisation du social dans Ally McBeal par Patricia Naftali (ULB) 13h50 : Justice révolutionnaire, justice d’État : les années de plomb par Nicolas Thirion (ULg) et David Pasteger (ULg). 14h15 : Discussion 15h : Pause-café

Atelier 3  : Les figures du juge au cinéma présidé par Françoise Tulkens (UCL) Cet atelier tente de comprendre qui est le juge et comment notre imaginaire se le représente en abordant son personnage sous différents traits que lui attribue le cinéma, selon qu’il est perçu comme une figure réactionnaire ou héroïque, tragique ou comique. 15h50 : Le juge tragique par Vincent Lefebve (ULB) 15h50 : Le juge réactionnaire par Xavier Daverat (Université de Bordeaux) 16h15 : Le juge héroïque par Aurélie Tardieu (Université de Caen) 16h40 : Discussion 17h25 : Fin des travaux Samedi 14 mars 8h30 : Accueil

Atelier 4  : Les représentations du juge dans le cinéma de genre présidé par Anne Lagerwall (ULB)

Cet atelier se tourne vers des genres de cinéma afin d’y déceler des tendances ou des évolutions dans les représentations fictionnelles du juge et de la justice, depuis le juge-robot du futur jusqu’aux procès de sorcellerie menés par l’inquisition et qui, pour une part, rappellent la part potentiellement obscure de la justice. 9h : Le juge dans le cinéma de science-fiction par Julien Pieret (ULB) et John Pitseys (CRISP/UCL) 9h25 : Le juge dans le cinéma d’animation par Marie-Laurence Hébert-Dolbec (UQÀM) 9h50 : Le juge dans les films de sorcières par François Dubuisson (ULB). 10h15 : Discussion 11h : Pause-café

Atelier 5  : Le juge documenté, de l’écran a la réalité présidé par Anne Lévy-Morelle (ULB)

Cet atelier est consacré non au « juge personnage » – incarné par un acteur –, mais au « juge réel », tel qu’il est filmé au tribunal, alors qu’il est plongé dans l’action. On se tournera en conséquence vers d’autres genres d’images : les documentaires mais aussi les films et les images que tournent les juridictions elles-mêmes, parfois simplement pour communiquer sur internet. Ces procédés sont-ils « réalistes » ou, au contraire, reconnaissent-ils l’impact qu’ils produisent inévitablement sur la réalité, assumant en partie la dimension spectaculaire du procès ? 11h25 : Le juge français mis en images : images officielles versus images documentaires par Magalie Flores-Lonjou (Université La Rochelle) 11h50 : Les procès des crimes de guerre en ex-Yougoslavie  : de la lumière à l’ombre par Catherine Lutard-Tavard (CNRS) 12h15 : « À la frontière », l’image d’un juge « sans visage » par Diana Villegas (Paris II) et Esteban Zuñiga (ESEC/CNSM Paris) 12h40 : Discussion 13h25 : Fin des travaux

4. Voici les détails d’organisation de ce colloque, que l’on lira également dans le dépliant explicatif ci-dessous et à l’adresse suivante : ici :
- Dates : 13 et 14 mars 2015.
- Adresse : Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles - salle Dupréel - avenue Jeanne,44 – 1050 - Bruxelles.
- Inscription gratuite par courrier électronique avant le 9 mars 2015 à l’adresse suivante : cdp@ulb.ac.be.

Votre point de vue (3 réactions)

  • Le 22 février 2015 à 15:53, par skoby

    Je ne sais pas si Madame Tordoir a raison en étant aussi sévère et
    vraisemblablement un peu trop généraliste, et Monsieur Tonnelier légèrement trop
    optimiste en pensant que cela suffira pour rapprocher la Justice du
    grand public.
    Je pense que pas mal de Juges font super mal leur boulot et se croient tout permis
    mais je n’oserais pas généraliser cette attitude. Il doit y avoir des Juges honnêtes
    et intègres qui font bien leur boulot. Hélas, la Justice a toujours été l’enfant pauvre des
    politiques et n’a probablement pas toujours les moyens de faire ce que l’on attend
    d’elle.
    Et les avocats disent que les Juges sont des avocats ratés !
    Vraisemblablement encore une semi-vérité.

    • Le 25 février 2015 à 12:22, par Georges-Pierre Tonnelier

      En effet, je connais personnellement des avocats qui sont devenus magistrats parce qu’ils n’arrivaient pas à gagner correctement leur vie au Barreau. De même, lorsque je demandai, voici une bonne dizaine d’années, à un plaideur renommé pourquoi, avec de telles compétences, il ne voulait pas devenir magistrat, il me répondit qu’il gagnait beaucoup mieux sa vie comme avocat.

      Cela dit, le fait de ne pas être capable de rentabiliser son savoir et ses compétences n’implique pas que l’on soit un mauvais juriste : pour bien gagner sa vie en tant qu’indépendant, il ne faut pas non plus avoir le coeur trop généreux sinon on travaille la plupart du temps pour un salaire inférieur à celui de sa femme de ménage, pour citer un de mes amis. Peut-être qu’un salaire fixe convient mieux à certaines personnalités.

      Cela dit, il y a de quoi se poser des questions lorsque des juges de première instance répondent par deux lignes de motivation à dix pages de conclusions, deux lignes se résumant à "attendu qu’il ressort à suffisance des pièces figurant dans le dossier répressif que les faits sont établis"...

      Je partage aussi votre avis lorsque vous écrivez que la Justice est le parent pauvre des politiques. J’ajouterai également que la magistrature paie financièrement son indépendance (relative) acquise par la création en 1998 du Conseil Supérieur de la Justice. Je précise ’relative’ car, pour rappel, la moitié des membres du CSJ sont nommés par le Sénat, donc sur une base politique. Il n’empêche que ce que les magistrats ont gagné d’un côté, ils le perdent de l’autre, car le pouvoir politique, en échange, limite de plus en plus leurs moyens financiers. La récente arrestation de Serge Kubla, qui fait suite aux ennuis judiciaires de Monsieur Luperto, ne donne d’ailleurs certainement pas envie au monde politique de renforcer les pouvoirs de la magistrature, qu’il semble contrôler de moins en moins.

      Georges-Pierre Tonnelier, Juriste

    • Le 22 février 2015 à 18:24, par Gisèle Tordoir

      En aucun cas, je n’ai la prétention d’avoir raison mais sachez que la sévérité de mes arguments est proportionnelle aux erreurs commises par les juges. Vous dîtes, vous-même, que " pas mal de juges font super mal leur boulot et se croient tout permis..." (sic)...J’ai eu la chance de connaître un juge d’exception : mon juge de la jeunesse. Ne dit-on pas "l’exception confirme la règle" ? C’est vraiment le seul exemple qui me fait dire qu’il tirait le monde judiciaire vers le haut. Il y a malheureusement trop d’exemples contraires. Je ne généralise malheureusement pas, ces fonctionnaires font en sorte que cela se fasse tout seul. Quand vous écrivez que la justice est l’enfant pauvre des politiques, vous ne parlez pas sérieusement...??? Quand on additionne : la participation solidaire de tous les contribuables aux études, universitaires ou autres supérieures, aux stages, les salaires, les congés incroyables, les pensions : c’est énorme...Il faudrait réduire les salaires et pensions, supprimer les titres redondants (e.a. "émérites..., "magistrat honoraire") et affecter ces moyens récupérés au matos, à l’informatique, aux locaux pour des fonctionnaires vraiment volontaires d’oeuvrer pour le droit des citoyens.

  • Le 22 février 2015 à 11:14, par Gisèle Tordoir

    Il me faut davantage qu’un colloque pour espérer me rapprocher du monde judiciaire tel qu’il fonctionne, trop régulièrement mal, de nos jours...Le juge est un des acteurs et par son incompétence ne permet aucune confiance en ce monde si fermé et plus indépendant qu’il ne veut le reconnaître. Trop indépendant à mon avis. Depuis quand un colloque, une sorte de représentation "théâtrale", suffirait-il à réparer le mal fait depuis si longtemps et dans l’impunité quasi complète ???? Le juge occupe une fonction, il fait partie intégrante du service public et est donc à la disposition du citoyen : eh bien cela relève de la légende...Hélas...Mille fois, hélas... Certains se permettent de fonctionner mal alors qu’ils condamnent des justiciables pour ces mêmes raisons...A force de connaître des délits, ils s’autorisent à les commettre, connaissant tous les pièges à éviter, tous les trucs pour échapper aux poursuites, sachant que trop régulièrement ils ne seront soit pas poursuivis mais surtout pas condamnés puisqu’ils seraient jugés par leurs pairs...En "justice" l’esprit de confrérie fonctionne encore super bien...Et dire qu’ils sont payés par nos impôts à toutes et tous...Ils nous doivent exemplarité, irréprochabilité, probité et respect...Tout un programme...A quand un colloque de formation à l’attention du monde judiciaire ???Pourquoi ne pas le prévoir pour la relève ???

  • Le 21 février 2015 à 18:01, par Georges-Pierre Tonnelier

    C’est une excellente initiative, dont j’espère qu’elle contribuera à rapprocher la Justice du grand public.

    Georges-Pierre Tonnelier, Juriste

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