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Les articles ci-dessous ont également été publiés dans ce dossier :

La prison nuit à la santé : un dossier, « La Santé en prison », de l’association des visiteurs francophones de prison de Belgique
par Solange Pourveur, le 9 avril 2015

La santé des détenus : qui s’en soucie ?

L’association des visiteurs francophones de prison de Belgique (A.V.F.P.B.) se consacre à l’écoute et à l’accompagnement des détenus qui le souhaitent.

Elle vient de constituer un dossier (un « trait d’union »), intitulé « La santé en prison », qui est le fruit d’un travail consultatif, de recherches, de lectures et d’une journée de partage avec le recueil de témoignages de visiteurs de prison membres de cette association. Les visiteurs ont bénéficié de la participation active de deux médecins, d’un psychologue et de deux infirmières travaillant en milieu carcéral pour cette journée d’échange.

Solange Pourveur, présidente de cette association, nous résume le contenu de ce « trait d’union ».

1. La prison est le reflet de la société d’exclusion puisqu’il faut admettre, qu’alors que la criminalité n’a pas de frontières sociales, nos condamnés et prévenus sont clairement situés sur l’échelle sociale : 55 % d’entre eux n’ont pas le diplôme de secondaire, 30 % n’ont pas celui de primaire et 42 % sont des étrangers (dossier de Laure de Hesselle pour Imagine, janvier et février 2010). Avant leur incarcération, nombre de ces personnes étaient sans travail, parfois sans logement et l’accès aux soins était déjà problématique.

2. Mais quelles sont les conditions sanitaires à l’intérieur des prisons ? Dans les prisons vétustes, qui « accueillent » plus de 11.000 détenus, a cellule exiguë est partagée par deux ou trois détenus, malades ou non, parfois drogués, nerveux, désœuvrés ... Cette promiscuité, cette cohabitation forcée nie toute intimité et ne peut qu’exaspérer les détenus à deux dans 9 m2, voire parfois à trois dans une cellule légèrement plus spacieuse et, ceci, 23 heures sur 24. Les odeurs sont omniprésentes en cellule, souvent suffocantes et dérangeantes. « J’ai un seau dans ma cellule, pas de toilettes ».

Quant aux bruits, ils rythment la vie quotidienne : les portes qui claquent, les TV mises « à fond » quand certains veulent dormir, des détenus « qui gueulent par la fenêtre, d’autres qui prient dans une langue étrangère et d’autres encore qui tapent du pied dans la porte ! ». Comment s’étonner dès lors que, dans ces conditions, certains détenus disjonctent ?

Pour la nourriture, ce n’est pas évident avec un budget de 3,6816 € par jour. C’est plutôt la « grande bouffe », voire « la mal bouffe ». Très peu de fruits et de légume ; cela rejaillit directement et nécessairement sur la santé carencée en vitamines, calcium, fer, etc.

L’hygiène laisse aussi fortement à désirer. La plupart du temps, seules deux douches sont programmées par semaine et leur durée est limitée. Le linge n’est pas lavé et n’est pas remplacé régulièrement. Les cellules sont sales, parfois peuplées de cafards, de souris… Vivre confiné dans une cellule mal aérée de nombreuses heures et sans lumière suffisante ne peut qu’altérer la santé.

3. Dans les nouvelles prisons, qui abritent environ 1000 détenus, certaines de ces conditions dégradantes sont « améliorées », mais qu’en est-il des rapports humains ? L’accès des familles y est-il facilité ? Y a-t-il des avancées réelles de prise en compte de la réhabilitation et de la préparation à la réinsertion ? La peine y est-elle moins inhumaine et favorise-t-elle un meilleur équilibre ?

4. On le voit et tous les professionnels le savent : ces lieux et ces conditions de vie sont propices à une dégradation de la santé physique et psychique. Les conditions carcérales sont inacceptables et indignes, elles devraient alerter nos dirigeants car c’est une peine ajoutée à la peine, qui ne peut qu’engendrer beaucoup de violence, mais aussi tellement de déprime, voire de suicides.

5. L’accès aux soins est très problématique.

Pour consulter un médecin, le détenu doit remplir une demande écrite. S’il ne sait pas écrire, cela se complique pour lui : il est soumis au bon vouloir de son codétenu ou d’un agent.

Qu’il s’agisse d’une maladie grave, de son suivi ou d’une vilaine plaie qui ne guérit pas, il faut toujours patienter et renouveler sa demande avec le sentiment d’être négligé.

Un détenu nous confie : « Vous me voyez dans le plâtre ce lundi matin, mais, vous savez, c’était vendredi au préau que je me suis cassé le bras. Ils n’ont pas voulu déranger le spécialiste : ‘tu attendras bien…’ On souffre en silence et patience, ou en s’énervant beaucoup et à un moment on se déchaîne ! ».

Parfois, la demande est stratégique, tous les moyens sont bons pour sortir de la cellule : « Comme je n’arrivais pas à dormir, je le lui ai dit et il m’a donné des ‘médocs’ ». Quant au secret médical, en général, il semble à lui seul être une énorme question en prison.

6. Trois maladies restent cruciales en prison : le sida, la tuberculose, et l’hépatite C. Il y a aussi des maladies de la peau répandues, dont la gale, et le vieillissement de la population fait apparaître des maladies telles que Parkinson et Alzheimer. Les détenus, comme dans la société, peuvent aussi souffrir de la grippe, du diabète, de maladies articulaires, cardiaques, de cancers, etc. Dans ces espaces surpeuplés, la contagion devient vite un risque supplémentaire.

7. Pour les soins dentaires, le délai d’attente est souvent trop long ; après la prise d’antibiotiques, … l’abcès récidive avant d’être soigné. « Notez que pour recevoir des lunettes, c’est le même scénario. Attendre ! ».

8. Le pourcentage de toxicomanes est vraiment très inquiétant en prison. La drogue se rencontre sous toutes ses formes et fait des ravages au niveau de la santé ; elle génère aussi des violences, des agressions, des rackets…

9. Les témoignages entendus par les visiteurs ont mis en évidence les difficultés des soins journaliers, des maladies graves ou spécifiques, des assuétudes, la nécessité de soins d’urgence et des problèmes de santé mentale. La lenteur et les carences au niveau des soins donnés en prison sont bien réelles.

10. Les médecins, psychologues, infirmiers mais aussi les agents pénitentiaires, font le maximum avec les moyens dont ils disposent pour les soins et dans le respect de leur éthique professionnelle ; les visiteurs en sont bien conscients. Mais les séquelles dues à l’enfermement sont patentes et souvent irréversibles. De plus, les budgets alloués et le personnel soignant sont en nombre insuffisant, ce qui compromet aussi gravement les soins, leur suivi et leur qualité.

11. L’association des visiteurs francophones de prison de Belgique (A.V.F.P.B.) souhaite, comme la loi le préconise, des soins équivalents pour les personnes incarcérées et le transfert des compétences des soins de santé, du SPF Justice vers le SPF Santé publique, répondant ainsi aux recommandations du Conseil de l’Europe. Elle pose la question de savoir si la prison est l’institution adaptée pour :
- les internés dans les annexes psychiatriques, lieux qui ne sont pas en mesure d’offrir des soins adéquats pour ces malades ;
- les toxicomanes, qui n’y sont pas désintoxiqués et en ressortent encore plus « paumés » par les drogues omniprésentes ;
- les délinquants sexuels car aucun traitement de fonds ne semble être réellement entrepris pendant leur temps, parfois très long, d’incarcération. Comme la Santé est un élément capital de la réinsertion, des efforts devraient être consentis afin que les personnes qui sortent de prison, sortent en bonne ou en meilleure santé, pour reprendre une vie digne et s’intégrer (ou se réintégrer) le mieux possible dans la société.

12. La collaboration de tous les intervenants est requise. Le personnel soignant, les membres des commissions de surveillance et les agents pénitentiaires sont notamment concernés. Les visiteurs de prison ont une responsabilité quant à l’éveil des citoyens et à leur prise de conscience par rapport à l’état de santé des 18.000 détenus qui sortent de prison chaque année et de près de 11.500 qui y sont incarcérés. Les responsables politiques doivent absolument se sentir interpellés par ces graves problèmes de santé en prison.

13. Ceci condense le Trait d’union n° 5 de l’association des visiteurs francophones de prison de Belgique, « La Santé en prison ». Le texte complet de ce Trait d’union peut être obtenu sur simple demande à l’adresse suivante : avfpb@hotmail.com ou à celle de l’association ( rue des Etangs Derbaix, 2 – 7033 – Cuesmes).

Votre point de vue (6 réactions)

  • Le 7 décembre 2015 à 13:15, par Foucault

    Une comparaison avec la situation en France serait intéressante puisque, dans ce pays, le traitement des personnes détenues a été transféré en 1994 au service public hospitalier. Ce transfert ne semble pas avoir eu d’impact sur la fréqence des maladies contractées durant la détention...

    • Le 9 décembre 2015 à 11:04, par Genevieve

      Bonjour,

      Je travaille à l’EDS de Paifve et je me tourne vers vous afin de savoir si vous aviez de plus amples informations sur la manière de fonctionner en France car la question fait rage . Y a il des articles de références à ce sujet ?
      Merci
      Lemoine Geneviève

  • Le 30 avril 2015 à 13:58, par FrancoisP

    C’est surréaliste que les drogues circulent dans les prisons !!!! A quoi on joue avec la santé des détenus ? Toute détention devrait aboutir à un sevrage "bloc" : la dépendance physique n’existe plus après quelques jours !
    Ne faut-il pas parler d’incompétence inadmissible si une prison ne parvient pas à contrôler ce qui entre et qui sort ???
    La fouille systématique complète de tout qui rentre de "permission" doit pouvoir être faite légalement, idem pour les visiteurs sans vitre de séparation de personnes ayant été condamné pour toxicomanie, au strict minimum...
    Il devrait y avoir 2 chiens policiers anti-drogue en permanence qui "flairent" TOUT ce qui entre (personnes, marchandises !)
    Ajouter un filet au-dessus des espaces ouverts empêcherait de "jeter" des colis, et le risque d’atterrissage d’un hélicoptère...
    Les portes qui vont vers le préau et les couloirs cellulaires devraient être équipés de détecteurs de métaux, au minimum...
    Pour les GSM, il suffit de mettre des brouilleurs dans toute la prison : il y seront inutilisables...
    Qui veut la fin y met les moyens ! Ras le bol de ce cirque...
    Pour le reste, une fraction de ministère de moins sur les 60 que comporte le pays permettrait d’engager le personnel médical suffisant pour rencontrer les besoins des détenus !

    • Le 29 mars 2016 à 20:44, par Zenon

      Que connaissez-vous de la dépendance "physique", ou autre, aux drogues ?
      Votre sevrage "bloc" a été essayé depuis les années 60 jusqu’au millieu des années 2000 dans toute les prisons d’Europe. Pourquoi croyez-vous que les spécialistes (juge, medecin, jusriste, personnel pénitentiaire .etc. ) en soient revenu ?

      Vous savez que la condamnation pour le seul motif "toxicomanie" ne se pratique, quasi, plus ? Pourquoi ? Peut-être parce qu’on s’est rendu compte que la prison n’est pas le lieu le plus adéquat pour de simple toxico. Et surtout que les résultats laissaient à désirer (pragmatisme).

      Et toujours cette fascination pour le contrôle absolu. Vous demandez, et vous réclamez, le monitoring en temp réel de toute population.. Relisez vos classiques sur le sujet, les conséquences seront effroyable (même si je n’ai plus beaucoup d’espoir qu’il en soit autrement. On y va en courant dans le monde de BB). Et ce ne sera pas terrible que pour les prisonniers, mais pour tout le monde.

      Un gars a dit un jour "Une société se juge à l’état de ses prisons".. Il s’appelait A. Camus.

  • Le 11 avril 2015 à 19:47, par Amandine

    Un grand merci à l’association francophone des visiteurs de prison de Belgique pour son travail d’accompagnement et d’investigation.
    J’ai été très intéressée par toutes ces informations.
    J’espère que notre gouvernement fédéral le sera également, et qu’il prendra les mesures nécessaires afin que les droits de l’homme soient respectés dans nos prisons.

    Amandine

  • Le 10 avril 2015 à 14:43, par Gisèle Tordoir

    Selon moi, trop de personnes sont condamnées à la prison alors qu’en terme de pénalisation, des peines alternatives sont plus que justifiées et suffisantes. Quand je dis "peines alternatives", j’entends : dédommagement direct via des travaux d’intérêt général. Je suis et reste persuadée que, comme piste de réinsertion, la prise de conscience immédiate de la faute commise serait réellement améliorée si elle est suivie de travaux de réparation immédiate par le coupable à l’égard de la (des) victime(s) et donc de la société...La prison doit rester l’ultime solution et donc exceptionnelle, en cas de danger réel pour la société (violence, intégrisme, terrorisme, meurtre, maltraitance, e.a.). Et même dans ces cas ultimes et exceptionnellement graves, l’emprisonnement doit être appliqué dans des conditions humaines et non dégradantes, non humiliantes et donc ne conduisant pas à la révolte, à la radicalisation. Un véritable nettoyage doit être fait pour que ces conditions de dignité, de respect de l’humain puissent être remplies. Après un tri très sélectif, pas difficile à faire, me semble-t-il, au vu du pourcentage connu des ethnies des populations concernées : pour tous les tenants de deux (ou plus) nationalités, la déchéance définitive de la nationalité belge et le renvoi au pays d’origine pour purger la peine, s’il s’agit de prison. Autre piste : pourquoi ne pas faire intervenir financièrement les familles des coupables dans les frais d’emprisonnement, de nourriture, de soins, de défense, e.a... A mon avis, en toute logique, cela réduira fortement le taux de délinquance mais aussi et surtout de récidive. En cas de punition réparatrice (dédommagement de victime(s)), il faut décider au mieux des intérêts de la société belge si elle se déroule en Belgique ou dans le pays d’origine. La Belgique offre toutes les conditions de formation (enseignement), de santé (soins en tous genres), d’intégration pour éviter qu’une partie de citoyens, étrangers principalement, ne s’autorisent à bafouer les droits de toutes et tous. Aucune excuse, à mes yeux, pour cette délinquance...Nous avons la chance de vivre dans un pays si beau, socialement et culturellement évolué, où la liberté d’expression n’est pas qu’un vain mot. Si l’on vit chez nous (chez moi) c’est à la mode de chez nous et pas autrement...Il faut un courage certain pour prendre des mesures drastiques qui sont les seules garantes de conditions humaines d’enfermement. Au lieu d’être en isolement, les coupables doivent être responsabilisés et mis à contribution immédiate pour la société. C’est seulement ainsi que le proverbe "mieux vaut prévenir que guérir" perdrait son sens. La Belgique offre le meilleur à tout arrivant ; il faut impérativement que ce dernier lui rende, à son tour, le meilleur de lui-même.

  • Le 10 avril 2015 à 13:01, par skoby

    Il est clair que la situation actuelle est lamentable et ne permet pas la réinsertion
    indispensable des prisonniers. C’est du moins le but : punir et aider à faire en sorte
    que les mêmes erreurs ne se reproduisent plus. Pour réussir cette réinsertion
    il est clair que beaucoup d’efforts doivent être accomplis : hygiène, santé,nourriture,
    etc.....

  • Le 10 avril 2015 à 12:31, par Georges-Pierre Tonnelier

    C’est une évidence.

    Encore une fois, on raisonne à l’envers en Belgique en termes de gestion publique.

    Sous prétexte d’économies immédiates, on compromet l’avenir.

    D’un simple point de vue économique - je n’aborde même pas la question humaine, qui est pourtant fondamentale et devrait faire réfléchir -, il n’est pas compliqué de se rendre compte que les soins préventifs permettent beaucoup d’économies ultérieures sur les soins curatifs épargnés...

    Il suffit de penser aux entreprises privées qui "offrent" le vaccin contre la grippe à leurs employés pour le comprendre...

    Georges-Pierre Tonnelier, Juriste

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