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Nous avons lu : « Les grandes plaidoiries des ténors du barreau », par Matthieu Aron
par Olivier Klees, le 25 janvier 2019

La plaidoirie peut être un des grands moments du procès, surtout au pénal.

Mais, prononcée oralement, elle est fugace.

Matthieu Aron, chroniqueur judiciaire, ancien directeur de la rédaction de France Inter et directeur adjoint de la rédaction de L’Obs, a eu la bonne idée de rassembler au sein d’un ouvrage quelques grandes plaidoiries d’avocats français, avec d’ailleurs souvent l’aide de ces derniers. Son titre : Les grandes plaidoiries des ténors du barreau (Mareuil Editions, 2016, 394 p.).

Ce n’est pas le texte intégral de ces plaidoiries qui y est ainsi rassemblé mais leurs passages les plus essentiels en vue de traduire ainsi les messages communiqués aux juges et aux jurés à l’occasion de ces plaidoiries, et l’éloquence qui les a portés.

Une pièce de théâtre, jouée actuellement à Paris, a été tirée de ce livre : Richard Berry y prononce admirablement cinq de ces plaidoiries.

Olivier Klees, lui-même avocat pénaliste, a lu l’ouvrage, dans lequel la littérature et la Justice se rencontrent, et vous en propose son compte rendu.

1. Pour de nombreux avocats pénalistes, la plaidoirie est un véritable supplice. C’est avec le ventre noué par la peur ou l’angoisse qu’ils anticipent le moment où ils entendront résonner les mots « Maitre, vous avez la parole ».

D’autres, en revanche, mêmes s’ils ne sont pas non plus dépourvus de toute anxiété ou d’inquiétude, l’attendent avec une véritable impatience, un peu comme on peut se réjouir à la perspective d’une rencontre amoureuse. Dans son remarquable ouvrage « L’exécution » écrit en 1973, Robert Badinter usait de ces mots : « Il y a quelque chose de la possession physique dans l’éloquence. Dans ses moments de lyrisme, mon maître s’exclamait : Plaider, c’est bander. Convaincre, c’est jouir ».

Que ce soit pour les uns ou les autres, la plaidoirie demeure toujours, dans le traitement d’une affaire relevant des juridictions répressives, un moment d’humanité, celui où le dossier, ses cartons, ses procès-verbaux, ses rapports semblent enfin prendre vie en permettant d’extraire de la torpeur de l’abstraction, une situation bien réelle, concrète et qui, dans la plupart des cas, déterminera le futur de ceux ou celles au nom desquels l’avocat parle lorsqu’il plaide.

2. On entend souvent, dans les couloirs des Palais de Justice ou dans l’ambiance plus confidentielle de leurs vestiaires, les avocats échanger leurs impressions au sujet de leurs affaires, évoquant leurs propres dossiers ou ceux de leurs confrères, critiquant ou, au contraire, ne tarissant pas d’éloges à propos d’une plaidoirie à laquelle ils viennent d’assister.

Assister est le juste terme : la plaidoirie ressemble en effet étrangement, vue de l’extérieur, à un spectacle. Elle s’exerce dans le décorum particulier des salles d’audience, la plupart du temps, elles-mêmes nichées au sein d’un Palais plus ou moins impressionnant pour le profane.

Il y a ses acteurs, certains revêtus de leur tenue d’apparat, les juges du siège et les magistrats du ministère public, les greffiers, les huissiers, le public, plus ou moins nombreux selon le relais médiatique suscité par l’affaire en cause et bien entendu les personnes directement concernées par le procès, le ou les accusés et la ou les victimes et leurs conseils.

Et puis, le moment venu, ces derniers, les avocats, prennent la place du premier rôle.

Il n’y a plus que leurs paroles, leurs mots, leur éloquence, leur langue, leur gestuelle et même leurs instants de silence qui se font entendre.

On a coutume de dire que les écrits restent tandis que les mots s’envolent et meurent une fois qu’ils ont été prononcés.

3. Avec son ouvrage ici recensé, Matthieu Aron, chroniqueur judiciaire durant vingt ans, fait mentir cette maxime.

Il réussit en effet l’exploit ˗ le terme n’est pas exagéré ˗ de ressusciter un demi-siècle d’histoire judiciaire en revisitant au long de plus de 390 pages, 45 des plaidoiries qu’il a choisies parmi celles jugées par lui comme des plus marquantes prononcées au cours de cette période dans les prétoires, essentiellement ceux des cours d’assises mais sans négliger ceux des tribunaux correctionnels, de nos voisins français.

4. L’objet de ces quelques lignes n’est pas de se prononcer sur ces choix, pas plus d’ailleurs que sur le degré d’excellence de celles ainsi élues.

Qui serions-nous d’ailleurs pour porter semblable jugement ?

Tel est précisément le motif pour lequel il est superflu de décrire ici l’ensemble des plaidoiries reconstituées par Matthieu Aron, et même de citer de manière exhaustive les noms de leurs auteurs. Le lecteur devinera aisément par lui-même que ces plaidoiries touchent aux procès les plus retentissants des cinquante dernières années, allant de ceux consacrés à des poursuites du chef de crimes contre l’humanité jusqu’aux plus récentes affaires dites de terrorisme ou de scandales politico-financiers en passant évidemment par l’évocation de quelques-unes devenues dramatiquement célèbres par leur démonstration que la Justice n’est pas à l’abri de commettre de terribles erreurs.

5. Limitons-nous en conséquence à souligner que l’auteur de ce recueil, pour nous présenter ses choix, après une brève introduction, a rassemblé les plaidoiries retenues sous cinq titres ou, plus exactement, cinq thèmes, intitulés respectivement « Au nom de l’Histoire », « De crimes et des doutes », « Au cœur de la société », « La politique à la barre » et enfin, « Combat pour la liberté et l’égalité ».

Chacune de ces plaidoiries est précédée de quelques lignes rédigées par le chroniqueur qui décrivent le contexte et les principaux faits des procès au sein desquels elles se sont inscrites tandis qu’elles sont suivies par le rappel de leur issue.

L’ouvrage s’achève, sous un ultime titre, cette fois personnel, simplement présenté comme « La plaidoirie de Robert Badinter – L’abolition de la peine de mort ». Il reproduit quelques extraits du discours de Robert Badinter prononcé le 17 septembre1981 à l’Assemblée nationale française pour demander aux députés l’abolition de la peine de mort.

On ne peut que se réjouir de cette forme de péroraison littéraire, dont on peut aisément imaginer qu’elle représente, pour Matthieu Aron, un hommage à celui qui, durant l’ensemble de sa vie, d’avocat d’abord, d’homme d’Etat ensuite, n’eut de cesse de lutter sans relâche pour que la peine capitale soit enfin bannie du Code pénal français.

6. Ce qui frappe essentiellement à la lecture de toutes ces plaidoiries, et bien au-delà de la beauté de certains des textes désormais couchés sur le papier et ainsi destinés à durer, c’est surtout et principalement le rôle social et politique, au sens noble des termes, qui émerge de la plupart d’entre elles.

D’abord et bien évidemment parce qu’on y retrouve, de manière récurrente, l’essence même du métier d’avocat.

La plaidoirie procède en effet de la raison existentielle du plaideur, de son identité : défendre.

Défendre, envers et contre tous, envers et contre tout.

Défendre celui qui se trouve accusé ou victime. Ce n’est pas, loin de là, tenter de justifier quelque crime à tout prix ou de crier la soif de vengeance mais bien plus et avant toute chose, veiller à ce que l’humanité d’une procédure ne fasse jamais défaut, quels que soient la partie que l’on assiste et les faits discutés.

C’est mettre en exergue, par l’éloquence du cœur et de la raison, la complexité des Hommes et des situations.

C’est aussi veiller à ce que jamais ne soit oublié que faire justice, c’est non seulement s’assurer du respect de la loi ou lutter pour son évolution, mais surtout rappeler qu’une justice qui se voudrait exemplaire ne serait qu’un mauvais exemple de justice. À ce titre, la plaidoirie est une condition essentielle à la bonne administration de cette justice, à sa compréhension par le citoyen et à son acceptation par le peuple au nom duquel elle est rendue, même s’il est dit qu’elle l’est au nom du Prince.

7. C’est encore, souvent, bousculer, heurter, déranger, semer le doute à propos de certitudes ou de vérités estimées comme immuables et absolues. Remettre en cause les idées reçues, les préjugés. Essayer, par les mots et les arguments, d’amener ceux qui les écoutent à sortir des chemins battus au risque de déplaire ou de choquer mais avec l’espoir de faire changer les choses, de les faire évoluer vers plus de tolérance, d’ouverture d’esprit, bref, vers plus de progrès et de liberté et moins de barbarie.

En ce sens, la plaidoirie, si elle peut être déclamée en toute indépendance et dans un environnement où la liberté d’expression n’est pas toujours un vain mot, peut être un acte politique, voire de résistance au pouvoir. Plaider, selon l’expression de nombre des avocats dont Matthieu Aron a reconstitué, avec leur aide et celle de ses propres notes, certaines de leurs interventions, « C’est partir au combat ».

8. « Soyez réalistes, demandez l’impossible », s’écriait Che Guevara. Comment ne pas resonger à cet appel en relisant la plaidoirie prononcée par Gisèle Halimi en 1972 devant le Tribunal de grande instance de Bobigny lorsque, défendant une femme accusée de s’être faite avortée, arrivée à son crépuscule, elle la conclut par ces mots : « Est-ce que vous accepteriez, vous, Messieurs, de comparaître devant des tribunaux de femmes parce que vous auriez disposé de votre corps ? [...] Messieurs, il vous appartient aujourd’hui de dire que l’ère d’un monde fini commence ».

9. Et qu’en est-il de celle prononcée par Paul Lombard, en faveur de Christian Ranucci, devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, le 10 mars 1976, invitant les jurés à ne pas suivre les réquisitions de l’avocat général par ces mots : « Et pourtant, par la voix de Monsieur l’avocat général, cette salle vient de renvoyer l’écho de la peine de mort. […] Et cela alors que des événements récents nous ont fait perdre la raison. Oui, depuis un mois, […] notre pays a succombé à l’hystérie collective. Je vous demande de résister à ce vent de folie. Car, si vous accordiez la peine capitale, vous feriez reculer la civilisation de cinquante ans. En donnant la mort à Ranucci, vous rouvririez les portes de la barbarie, vous grossiriez le tombereau sanglant des erreurs judiciaires, vous deviendriez bourreau, vous céderiez à la colère, à la peur, à la panique. Mais je le sais : vous ne ferez pas cela ! » ?

10. Et même si ces tentatives d’obtenir l’impossible se sont régulièrement soldées par un échec (Ranucci a été condamné à mort et exécuté malgré les efforts de ses avocats), certains des combats qu’elles incarnaient ont néanmoins, au terme d’une longue marche, fini par être entendus. Ainsi, le 21 janvier 1977, Robert Badinter obtint que Patrick Henry accusé de l’enlèvement et de l’assassinat d’un petit garçon de sept ans, échappe à la peine de mort et, quatre années plus tard, en 1981, alors qu’il était garde des Sceaux et ministre de la justice, que la peine de mort soit définitivement abolie en droit français.

11. Comment dès lors ignorer l’impact direct des engagements de ces avocats sur les évolutions humanistes majeures qu’ont connues les sociétés démocratiques d’Europe occidentale à leur suite ? Encore ne faut-il pas se leurrer et considérer que les luttes pour une société plus égalitaire et fraternelle, lorsqu’elles finissent par être gagnées, rendraient ces progrès acquis à tout jamais. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les maladies dont souffrent aujourd’hui ces mêmes démocraties laissant entrevoir la résurgence de vieux démons que l’on pensait enfouis et n’excluant pas de sinistres régressions.

12. Tout procès pénal, quel qu’il soit, est en effet un reflet renvoyé par le miroir de la société au sein de laquelle il se déroule.

C’est au nom de celle-ci que les poursuites sont menées, que les accusations sont portées. L’avocat, lorsqu’il plaide, assume une bien lourde responsabilité, celle d’exercer les droits fondamentaux que sont ceux de la défense. Il devient ainsi l’ultime rempart contre les atteintes aux libertés individuelles et à l’arbitraire du pouvoir. Mais, pour que cette protection ne soit pas qu’une illusion, il faut lui reconnaitre, dans le cadre de ses choix de défense, la plus totale des latitudes.

Ce n’est évidemment pas le fruit du hasard si l’histoire de l’Homme montre depuis toujours que dès qu’un État ou un groupe disposant du pouvoir entend l’exercer en restreignant, peu ou prou, les libertés individuelles, les avocats font partie de ses premières victimes.

Aussi, leur liberté de parole et leur indépendance sont-elles d’une évidente nécessité.

S’il existe un trait commun à la quarantaine de plaidoiries reconstruites par Matthieu Aron, sans doute est-ce précisément cette indépendance et cette liberté de parole des plaideurs que l’on perçoit aisément au travers de chacune d’elles.

Comment omettre de citer à ce moment, les mots qu’il prête à Me Eric Dupond-Moretti qui, s’adressant au président d’une cour ou d’un tribunal, lui aurait lancé cette phrase choc : « Il m’est désagréable de plaider devant vous, car je vous déteste » ?

12. L’indépendance du plaideur et sa liberté de parole ressortent, de manière plus ou moins flagrante, de la plupart des plaidoiries rassemblées.

Qu’il s’agisse de celle d’Henri Leclerc, lorsque, devant la cour d’assises de l’Indre-et-Loire, le 18 juin 2009, il se leva pour tenter de restituer une dimension humaine à Véronique Courjault, accusée d’avoir tué et congelé trois de ses nouveau-nés, en brisant les tabous qui entouraient le déni de grossesse depuis des siècles : « Depuis 18 mois, je vis avec l’image de ces bébés, comme vous d’ailleurs depuis le début de ce procès. Parce que ces bébés, ce sont les vôtres, Véronique, mais ce sont les nôtres aussi ! [...]

Cette femme a souffert comme aucune femme n’a souffert. Elle souffre encore à chaque instant. Cette souffrance, celle que nous voyons sur son visage, tout cela, je le dépose devant vous ».

Que ce soit celle Me François-Xavier Charvet, avocat du docteur Garretta poursuivi en 1992 devant le Tribunal correctionnel de Paris, dans l’affaire dite du « sang contaminé » : « En faisant ce procès truqué, c’est à nous tous que l’on ment. Mais ce mensonge n’est pas fondé sur l’omission. Ce mensonge-là est voulu. Ce mensonge-là est celui d’une société lâche ».

Ou encore, certes dans un tout autre registre, celle d’Olivier Metzner en charge de la défense de Jérôme Kerviel devant le tribunal correctionnel de Paris en juin 2010, centrée sur l’attaque, on peut dire sur la mise en accusation, de la Société Générale, « Un des fleurons de la banque mondiale dont la prudence a explosé lors de la crise des subprimes » et dont il n’hésite pas à clamer qu’elle s’est transformée en « banque casino ».

Comment ne pas percevoir l’indispensable nécessité de l’indépendance de l’avocat lorsqu’il s’attaque aux dysfonctionnements mêmes du système judiciaire auquel il participe mais dans le but de mettre un terme à ses errements et d’éviter que le pire ne se prolonge. Ainsi, la plaidoirie de Me Hubert Delarue, avocat de l’huissier Alain Marécaux, dans le cadre de la tristement connue affaire dite d’Outreau : « Dans cette affaire, l’émotion, la réprobation légitime que suscitent ces crimes terribles a tout emporté sur son passage. Les digues de la raison se sont rompues, les sécurités judiciaires se sont éva¬nouies, le scénario du pire s’est mis en place : l’émotion tellement plus forte que la raison, la parole de l’enfant sacralisée qui de¬vient une preuve, la pauvreté des investigations, la négation de la présomption d’innocence, l’inversion de la charge de la preuve, la procédure exclusivement menée à charge » ?

Reprendre ici, dans le cadre d’une recension, l’intégralité des autres illustrations de ce trait commun aux plaidoiries que Matthieu Aron rappelle à nos mémoires, serait vain et sans intérêt.

13. D’autant plus qu’une autre constante apparait à leur réexamen : celle de la particularité et l’unicité de chacune d’elles.

C’est qu’il y a autant de formes différentes de plaidoiries qu’il existe de plaideurs.

Et, davantage encore, chacun d’eux use lui-même de diverses approches pour tenter de faire parvenir son message à ses destinataires. Il n’existe pas, loin de là, une méthode unique en la matière.

La plaidoirie n’est, en ce sens, pas aussi éloignée qu’on pourrait le penser, d’une composition musicale ou de l’œuvre d’un peintre ou d’un écrivain.

C’est également l’une des qualités de la tâche accomplie par le chroniqueur que de faire apparaitre cette particularité.

14. Finalement, arrivé au terme de ma lecture de « Les grandes plaidoiries des ténors du barreau », je n’éprouve qu’un seul regret. Un regret qui ne peut toutefois et en aucune manière, être retenu comme valant critique à l’égard de l’auteur ou de son œuvre.

C’est celui de ne pas avoir été le témoin direct de l’une ou l’autre de ces plaidoiries réécrites.

Par hypothèse, une plaidoirie est en effet un exercice qui s’accomplit oralement et dont l’objectif ultime est d’entrainer la conviction par le recours à la contradiction et à la catharsis.

La plaidoirie est donc certes un discours mais un discours d’une nature particulière. Elle est d’ordre dialogique puisqu’elle s’inscrit dans le cadre d’un débat entre les protagonistes au procès et qu’elle s’adresse avant tout au juge, appelé à les départager, même si l’on ne perdra pas de vue l’importance du procès pénal appréhendé en son entité, à l’égard de la société toute entière. En effet, comme Roger Lallemand l’a admirablement exposé, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, « […] le jugement, au travers de l’appréciation d’un acte et d’un homme, affirme dans sa démarche sa hiérarchie de valeur, un ordre moral ostentatoire. C’est même son objectif secret. Il en résulte que juger un homme, c’est nécessairement s’occuper d’autre chose que de lui : c’est, à son propos, affirmer la règle, assurer la cohésion sociale, confisquer, par l’éclat de l’exemple, la vengeance privée. Et sous cet angle, le jugement pénal, pour ne parler que de lui, ne dit pas le droit pour les parties au procès, mais pour ceux qui n’y sont pas mêlés » (R. Lallemand, « Juger, de l’arbitraire à la nécessité », Revue Juger, 1991, n°1, pp. 6 et 7).

La verve de ceux qui prononcent les plaidoiries, leur conviction, l’intelligence de leur perception de l’auditoire auquel ils s’adressent, leurs facultés d’adaptation et d’improvisation, leurs attitudes et postures, la tonalité de leurs voix, les changements de rythme qu’ils s’imposent, le choix et le poids des mots qu’ils utilisent, les émotions qu’ils génèrent, leurs silences, sont autant, parmi d’autres encore, d’ingrédients qui la compose.

Ces ingrédients sont précisément ceux qui confèrent à la plaidoirie sa raison d’être, entraîner la conviction et restituer au procès son humanité, lorsque celle-ci vient à manquer ou n’est pas suffisamment mise en exergue.

La force et la puissance de conviction d’un discours de cette dimension ne pourront jamais réapparaitre telles quelles lorsqu’il ne peut plus qu’être lu.

En revanche, les propos, les idées, les pensées, les réflexions, les interrogations qu’il suscite demeurent et continuent d’interpeller le lecteur sans être effacées par l’écoulement du temps.

Ce n’est assurément pas le moindre des mérites de l’ouvrage de Matthieu Aron, que d’avoir réussi à ressusciter par l’écriture, quelques moments d’une épopée judiciaire qui, pour certains, se sont inscrits à jamais dans l’Histoire au point d’en modifier ou d’en renverser le cours.

Dans l’introduction de son recueil, il écrit : « L’extrême simplicité de son cérémonial fait du procès l’un des derniers lieux où l’humanité peut devenir lisible. Les avocats s’en font chaque jour les interprètes, et leurs plaidoiries sont autant de modes d’emploi pour ceux qui veulent comprendre les multiples facettes de l’âme ».

C’est qu’en effet, l’avocat, quand il plaide, n’est pas qu’un bavard….

Thèmes de cet article

Avocat, Barreau, Défense, Plaidoirie

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