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Comment gérer les crises psychiatriques en prison
par Hanan Talbi, le 6 octobre 2010

Les récentes difficultés de Farid Bamouhammad à la prison de Nivelles, spécialement avec ses gardiens, qui ont succédé à d’autres problèmes dans d’autres prisons belges, ont défrayé la chronique. Au-delà de ce cas particulier, Me Hanan Talbi, avocate, membre de l’Observatoire international des prisons, s’interroge sur la place des personnes en crise psychiatrique dans notre système pénitentiaire.

En agressant deux agents pénitentiaires, un détenu dit « particulièrement difficile » a, une fois de plus, provoqué un incident en début de semaine passée à la prison de Nivelles.

Un ultimatum a été posé par le personnel pénitentiaire de sorte que ce tristement célèbre détenu a été transféré vers un autre établissement et ce, pour la 24e fois en trois ans.

Il semble que la seule réponse de l’administration aux troubles comportementaux de certains détenus consiste soit à transférer le détenu problématique vers une autre prison (ce qui de toute évidence ne règle pas le problème), soit en la mise en place de mesures de sécurité particulières (mise au cachot, régime de détention particulier comme la suppression des visites, de l’accès au préau avec les autres détenus, etc.). Ce détenu a en effet été confiné pendant plusieurs mois dans un quartier de haute sécurité, ce qui n’a fait qu’aggraver la situation.

L’administration agit dans une vision très à court terme de la problématique, tentant de contenter les agents pénitentiaires, dont on peut comprendre le désarroi. N’est-il pourtant pas temps qu’elle s’interroge sur le réel problème qui se pose à elle : comment prendre en charge de manière plus adéquate ces détenus qui, sans dépendre de la loi sur la défense sociale (laquelle s’intéresse aux personnes qui, en raison de leur état de démence, de eur état grave de déséquilibre mental ou de débilité mentale les rendant incapables du contrôle de leurs actions, ont commis une acte interdit par la législation pénale), peuvent poser de graves troubles comportementaux liés à des problèmes psychiatriques, temporaires ou persistants ?

Alors que la qualité des soins de santé est régulièrement mise en cause dans les établissements pénitentiaires, les soins psychiatriques n’ont rien à leur envier, que du contraire.

Isolement, sécurité, privations sensorielles ne peuvent constituer une réponse adaptée à des détenus présentant des troubles psychiques dès avant leur incarcération, ou qui développent de tels troubles en prison, notamment à cause des conditions de vie scandaleuses qu’ils subissent et des risques de décompensation qu’entraîne tout enfermement.

C’est une constante, la santé mentale en prison n’est pas une priorité. Les médecins, les psychologues et assistants sociaux sont à ce point débordés que certains traitements et suivis sont inexistants, interrompus ou différés. Par exemple, un seul psychiatre s’occupe des 100 internés de la prison de Forest, et des 650 autres détenus masculins et féminins.

La surcharge des tâches administratives empêche les travailleurs du service psychosocial de remplir d’autres rôles, notamment d’écoute et de soutien.

D’autre part les détenus peuvent difficilement accorder leur confiance à des intervenants censés rédiger les rapports conditionnant leur remise en liberté.

Le comité européen pour la prévention de la torture et des peines et traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe (C.P.T.) a encore récemment épinglé les manquements de la Belgique en matière de soins psychiatriques.

Dans son dernier rapport du 23 juillet 2010, le C.P.T. a, une fois de plus, recommandé que des mesures soient prises afin d’offrir au détenus souffrant de troubles mentaux « des soins équivalents à ceux dispensés dans la société libre ». La mise à disposition de personnel pénitentiaire formé serait une première étape dans cette direction. Les urgences psychiatriques ont également été pointées du doigt dans le rapport du C.P.T. Alors que le détenu victime d’une crise cardiaque sera « en principe » transféré vers un hôpital, le détenu souffrant d’une crise psychiatrique grave sera sanctionné par une mise au cachot. Un état de fait jugé inadmissible par les experts internationaux.

Votre point de vue (2 réactions)

  • Le 17 avril 2012 à 07:14, par FrankP

    Le problème de fond, est qu’il suffirait d’opter pour un comportement "caractériel violent" pour immédiatement bénéficier d’un régime de faveur... Continuons le raisonnement : si on psychiatrise ce dangereux individu, vu qu’il est très intelligent, il ne supportera pas non plus d’être en section fermée d’hôpital psychiatrique ou de défense sociale, parmi "les fous"... On tourne donc en rond : que faire d’une personne dangereuse, pour quelle que raison que ce soit... L’objectif numéro un doit rester de protéger la société. Pour mener à bien cet objectif, soigner les troubles mentaux est une bonne méthode. Mais qui ne fonctionne QUE si la personne est preneuse d’une thérapie, càd se reconnaît malade. Dans le cas présent, ce n’est pas le cas... Il ne reste donc qu’une solution : enfermer solidement... comme on le ferait avec un chien dangereux qu’on ne veut pas euthanasier. Que celui qui a une autre solution vienne l’exposer ! Pour soigner une personne, elle doit être demandeuse de soins...

  • Le 7 octobre 2010 à 00:47, par Georges-Pierre Tonnelier

    Je partage entièrement l’avis de l’auteur de cet article, pour avoir moi-même été confronté à la bestialité policière et au manque total de compétence des agents de sécurité et des policiers pour réagir de manière appropriée face à une personne qui est en proie à une crise psychiatrique majeure.

    Face à une personne qui a besoin d’une aide médicale urgente, ils ne savent répondre que par la violence, les humiliations, et des prises de techniques de combat dangereuses pour la vie de la personne, telles que celle qui consiste en presser l’artère carotide jusqu’à ce que la personne s’évanouisse !

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