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« Je suis en conflit : je l’exacerbe ou je tente une médiation ? » A vous de choisir
par Louise-Marie Henrion, le 24 mars 2011

Louise-Marie Henrion, présidente du tribunal de commerce de Namur, est la principale animatrice, au sein de l’association des juristes namurois, de la Semaine de la médiation, qui est à l’origine du dossier que Justice-en-ligne consacre à ce mode alternatif de règlement des conflits. Le programme de cette Semaine vous est rappelé, en lien, au bas de l’article qui suit.

A quelques jours du début de cette Semaine, Louise-Marie Henrion nous livre sa vision de la médiation et, surtout, ce qui la motive à la promouvoir.

Lorsque vous vivez un litige avec une autre personne, que ce soit dans votre vie privée ou dans votre vie professionnelle, que cela vous concerne vous directement ou votre entreprise, il y a plusieurs attitudes possibles.

L’une d’elle, la plus répandue, est de considérer que vous avez raison et que, donc, l’autre a tort. Ce comportement-là, poussé à l’extrême, mènera au procès par l’entremise d’un avocat que vous aurez mandaté pour porter votre parole devant le tribunal et sur lequel vous vous serez déchargé du litige.

Une autre attitude est de constater qu’il y a un problème et de rechercher la solution à ce problème. Vous prendrez votre téléphone, vous négocierez.

Cette recherche passera par une communication directe avec l’autre partie, qui pourra être facilitée par la présence d’un tiers, tel un médiateur.

Dans le premier cas, votre intention est de vous voir confirmé dans votre bon droit. Dans le second, votre intention est de résoudre la difficulté, peu importe qui a raison ou tort.

Dans le premier cas, votre attente d’obtenir un résultat totalement favorable sera souvent déçue, parce que, d’expérience, les dossiers où tout est blanc d’un côté le vôtre et tout noir de l’autre sont plutôt rares.

En outre, plusieurs études montrent que vous vivez le procès avec morosité, voire amertume, jugeant les procédures trop lentes, trop complexes. Le processus vous échappe. Vous en êtes souvent absent, ayant confié la « défense de vos droits » à votre avocat. Et la solution sera en finale peu satisfaisante à vos yeux.

Si vous optez pour une recherche de solution par la médiation, vous aboutirez en général rapidement à un dénouement qui conviendra aux deux parties, mettant l’accent sur leurs valeurs, leurs besoins, et leurs intérêts, plutôt que sur leurs droits. Vous participerez à un processus qui est souple et informel, ce qui vous donnera une meilleure perception de ce qu’il se passe ainsi qu’une maîtrise du coût, de la durée et de la solution.

Vous vous sentirez écouté, et vous écouterez activement l’autre partie, ce qui résoudra la plupart du temps les problèmes de communication, d’insuffisance d’information, d’incompréhension, qui sont souvent à la base des conflits. Cela vous conduira à un apaisement permettant alors une ouverture et la recherche de solution.

Et si cela ne marche pas, vous n’aurez perdu que quelques semaines. En revanche, vous aurez avancé dans la compréhension du litige et vous ciblerez mieux ce sur quoi vous ne parvenez pas à vous accorder.

Avant d’opérer votre choix, rappelez-vous aussi que :

- les conflits vous prennent une énergie considérable, tant consciemment qu’inconsciemment, et qu’ils empêchent de vivre sereinement ;

- sur le plan familial, l’intérêt des enfants nécessite que les parents s’entendent à long terme pour tout ce qui les concerne ;

- en matière commerciale, beaucoup de jugements ne sont pas exécutés contrairement aux accords , la partie concernée étant devenue insolvable.

Bien sûr, il y a des litiges pour lesquels la médiation n’est pas utile. Ce sont les litiges purement juridiques. Selon mon expérience, cela ne dépasse pas vingt-cinq pour cent des procédures. Toutes les autres, civiles ou commerciales, reposent sur des difficultés relationnelles qu’un peu d’écoute permettrait de résoudre.

Alors, que choisissez-vous ?

« ‘J’ai raison’ et j’envoie mon avocat porter mon étendard devant le juge ! »

ou

« ‘Je cherche une solution’ et pour y arriver je me fais aider par un professionnel de la communication, neutre et bienveillant : le médiateur » ?

Moi, vous l’aurez compris, mon choix est fait. Depuis longtemps.

Votre point de vue (2 réactions)

  • Le 8 avril 2011 à 11:35, par CP

    C’est claire que la "médiation" pourrait être une solution plus intelligente que le procès classique avec tous les défauts que ce dernier comporte (avocature chère et parfois pas trop adéquate..., lenteur inadmissible, procédures compliquées dont plus de 95% des clients ne comprend rien, jugements à côté de la question, frais et exploitation, etc.). Et donc visons aussi les juges qui ne sont pas toujours de qualité... . De toute façon, procès classique ou médiation, si la personne qui doit juger n’est pas à la hauteur qu’advient-il du but ? Un coup pour rien !

  • Le 2 avril 2011 à 16:58, par Pierre Dandoy

    Bonjour. Personnellement, j’ai expérimenté l’an dernier la médiation auprès d’un juge d’un juge de paix.
    En deux mots, j’étais victime d’abus divers de la part d’une connaissance (chiffrable aux alentours de 1500 € pour l’occasion) et j’avais opté tout d’abord pour la médiation, avant de porter plainte devant le juge de paix.

    Le jour de la médiation devant la juge, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre celle-ci s’adresser exclusivement à l’autre partie, pour connaître sa version de faits. Après avoir entendu une série de mensonges et de commentaires insultants, la juge en conclut que l’autre partie ne désirait pas de médiation. Point barre. C’était déjà fini !
    Pour ma part, j’avais longuement préparé un texte de deux pages, précisant bien le sens et le contenu de ce que je proposais pour cette médiation que j’avais sollicité. J’avais montré à la juge que je voulais lire ce texte. Je n’en eus pas la possibilité à aucun moment.

    Je suis sorti complètement abasourdi, et blessé une fois de plus et sans comprendre pourquoi on organisait des "médiations" de cette sorte.

    Tout s’est passé comme si on ne cherchait qu’à raviver le conflit, sans tenir compte à aucun moment de celui qui propose - fort aimablement - la médiation. On peut même se demander dans ce cas pourquoi la juge fait venir la partie adverse, puisqu’on sait qu’il y a conflit !

    Bref, une expérience absolument pas concluante !

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