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« Tribuna(a)l » au Théâtre National, du 21 au 30 mars 2013
par Siham Najmi, le 30 mars 2013

Le Théâtre National propose la pièce « Tribuna(a)l » du 21 au 30 mars 2013 : une distribution mixte d’acteur flamands et francophones reproduit littéralement des procès récents. On y est plongé dans le labyrinthe d’un palais de justice, ses tribunaux et salles d’attente mais aussi dans les recoins les plus sombres du système judiciaire (http://www.theatrenational.be/fr/pr...).

Justice-en-ligne ne pouvait pas ne pas y faire écho.

Épaules voûtées, voix larmoyante, Sandra conte les péripéties liées à son alcoolisme chronique devant une Cour peu encline à la compréhension. Et l’intervention de son avocate, insistant sur les circonstances exceptionnelles qui l’ont conduite à voler une bouteille de whisky dans un night shop – car c’est bien de ce délit dont il est question –, ne semble guère émouvoir « Mevrouw de voorzitter » qui annonce sèchement le prononcé du jugement pour le 4 avril, après sermon de bon aloi, cela va de soi. « Volgende », donc. Des suivants, il y en a un paquet sur les derniers bancs de la salle d’audience en boiserie éthérée, recréée par Giovanni Van Hoenacker pour le Théâtre National de Bruxelles et le Theater Antigone de Courtrai. Ils ont pour nom Samir, Ahmed, Sébastien, Jovial,… et pour langue le néerlandais ou le français.

Une des particularités de Tribuna(a)l – comme son nom l’indique déjà, d’ailleurs – est en effet d’être une pièce bilingue, jouée en néerlandais et en français, avec surtitres de traduction idoine en fonction de la langue parlée dans les diverses chambres correctionnelles évoquées sur la scène de théâtre. « Ce n’est pas un choix communautaire », précise Raven Ruëll, co-metteur en scène de la pièce, « On n’a pas voulu montrer que cela se passait de telle manière d’un côté de la frontière linguistique et de telle manière de l’autre. Simplement, si on a vu la scène en néerlandais, on la rejoue en néerlandais ; si on l’a vue en français, on la rejoue en français ».

On retrouve déjà dans ce simple positionnement linguistique le souci de réalité documentaire dont sont animés les deux professeurs néerlandophones du Conservatoire de Liège à l’origine du projet, Raven Ruëll et Jos Verbist, même si « le plaisir de retrouver l’équipe artistique bilingue des projets précédents a aussi joué bien entendu », reconnaît ce dernier.

Hormis ces acteurs néerlandophones et francophones professionnels qui ont le mérite d’endosser souvent dans les deux langues les rôles d’avocats, de juge ou de procureur du Roi, les deux auteurs ont choisi de prendre des profanes du jeu théâtral pour interpréter les rôles de détenus ou de prévenus. Même de dos, leur amateurisme dit un peu plus le désarroi du quidam perdu dans un engrenage judiciaire qu’il comprend rarement. La dernière scène, aux accents de procès kafkaïen, est à cet égard criante de vérité. Aux questions désespérées posées par la prévenue, s’opposent le mutisme du tribunal puis le noir de la salle.

Lumières sur le citoyen lambda dans ses démêlés avec Dame justice, voilà ce que proposent donc Jos Verbist et Raven Ruëll. Le premier explique : « Cela fait quelques années qu’on sait qu’on veut faire un projet sur la justice, qu’on cherche comment en parler. On savait que ce serait intense et vaste mais au début on ne savait pas quelle forme ça allait prendre ». Et le second d’ajouter « On a très vite su qu’on ne voulait pas parler des assises, que ce qu’on voulait, c’était aller vers le correctionnel, c’est-à-dire la petite délinquance et les petites gens coincées dans le système judiciaire ».

Le travail de documentation aidant, les deux auteurs se sont vite rendu compte que la réalité regorgeait déjà de cas d’espèces exploitables comme tels par les arts du spectacle. « Il suffit de passer quelques midis au Palais de Justice pour assister à un défilé de tout ce qui fait la société, dans ses aspects tragiques et tragi-comiques », souligne malicieusement Jos Verbist, avant de conclure : « la justice, c’est le miroir de la société, ça en dit long sur comment la société punit, comment elle exprime sa moralité ».

Et le verdict pour la justice belge est sans appel selon les acteurs et metteurs en scène. Après avoir analysé les retranscriptions de procès effectuées par leur dramaturge durant huit mois, après avoir assisté pendant deux mois avec tous les comédiens à des procès dans les Palais de Justice de Bruxelles, Gand, Anvers, Courtrai et Liège, après s’être entretenus avec tous les acteurs de la chaîne judiciaire, Raven Ruëll et Jos Verbist dressent un constat sombre de la justice correctionnelle et de la société belges. « Ce qui nous a surtout frappé, et qu’on a essayé de montrer dans la pièce, c’est qu’il existe bien une justice de classe à plusieurs niveaux. Si tu peux te payer un bon avocat, si tu as fait des études, tu as évidemment plus de chances de t’en sortir. Et dans certains cas, cette justice de classe prend des allures de racisme. Là, si tu t’appelles Mohamed ou Rachid, tu as plus de chances d’écoper d’une peine plus lourde qu’un belgo-belge pour la même infraction. », déplore Raven Ruëll, rejoint par son aîné qui recontextualise cependant : « la clientèle et les causes des procès sont différentes d’il y a trente ans. Si la classe prolétarienne reste touchée par la délinquance, elle a changé. On voit un nouveau prolétariat échouer devant le juge, issu d’une immigration rongée par la pauvreté. Il y a aussi plus d’histoires de drogues et d’argent, crise économique oblige ».

C’est cette justice-là que les auteurs ont voulu montrer, sans fard, sans adoucissant, mais sans épaississant non plus. Tribuna(a)l n’est pas une caricature, une parodie ou une satire. Ses auteurs l’ont voulue la plus réaliste possible : « On a pratiquement tout gardé des textes retranscrits, en changeant les noms bien sûr, et les lieux, par respect pour les personnes concernées, mais on conservant l’essentiel. Certains plaidoyers ou réquisitoires frisent même le mot à mot. Ce qui est marrant, c’est que c’est justement ceux-là que les gens pensent inventés tellement ils sont choquants, y compris les membres de la profession », confie Jos Verbist. Son confrère admet que, « parfois, on a dû un peu tricher, quand la justice pèche par formalisme. Faire lever le procureur à chaque fois qu’il prend la parole, ça peut avoir un effet répétitif lassant pour le spectateur. Chez nous, il ne se lève pas à chaque fois. C’est sur ce genre de détail qu’on peut dire qu’il y a ‘fictionnalisation’. Mais ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est l’effet de réel ».

La démarche documentaire rappelle bien sûr celle de Raymond Depardon, dont Jos Verbist se dit « un grand admirateur ». Pas étonnant, dès lors que le Théâtre National ait programmé, dans le cadre des représentations, qui se déroulent du 21 au 30 mars, la projection de l’excellente 10ème Chambre, de cet excellent réalisateur français. 10ème Chambre Instants d’audience sera ainsi visible les 29 et 30 mars à la Salle J. Huismans à 18 heures a Théâtre National. Celui-ci se s’arrête pas là, puisqu’il proposait également le 24 mars dernier un débat sur le thème « Justice : pas assez is niet genoeg », en partenariat avec la Ligue des Droits de l’Homme et avec la modération de Jean-Jacques Jespers.

Inutile de préciser que le débat peut s’entamer et/ou se poursuivre sur Justice-en-ligne…

Votre point de vue (3 réactions)

  • Le 18 novembre 2014 à 17:08, par Gérardy

    Je n’ai pas vu la pièce mais cet article ainsi que plusieurs recherches que j’ai effectuées m’ont donné envie d’aller la voir. Merci d’avoir suscité ma curiosité.


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  • Le 1er avril 2013 à 15:15, par Gisèle Tordoir

    Je n’ai pas vu cette pièce non plus mais je peux vous dire que certaines "prestations" que j’ai vécues tenaient véritablement de mauvaise pièce, de piètre réalisation, de grand guignol avec gesticulations quand ce ne fut pas effets de manches et jargon moyennâgeux et/ou codé, le tout dans une "basse-cour" où les autres avocats discutaillaient de façon dérangeante. Je vous assure qu’il ne s’agit pas de pure fiction mais bien de ce que nous avons connu. Régulièrement, il s’avère que le juge ne connaît pas le dossier ou alors tellement partiellement car il ne le lit pas et il découvre, quand le justiciable a la chance d’avoir un avocat consciencieux, des pièces, des éléments, des arguments qui se trouvent depuis parfois longtemps dans le dossier. C’est lors de la (des) plaidoirie(s) que l’avocat est écouté (parfois entendu) mais quasi jamais ou bien trop rarement le justiciable. Par rapport à ce que je lis dans l’article, je ne suis pas du tout d’accord avec le fait que si tu portes un nom "Rachid" ou Mohamed, tu as plus de "chances" d’écoper d’une peine plus lourde : c’est totalement faux. Il existe des avocats médiatiques dont c’est devenu la spécialité. Alors la justice de classe...devenue raciste : c’est tout faux. Le fait de faire des études n’est nullement une garantie d’avoir droit à une "meilleure justice", ça je peux le confirmer...Je crois sincèrement qu’avoir raison en plus d’avoir un avocat qui assiste bien son client, qui le représente bien et qui défend au mieux ses intérêts augmente la possibilité d’avoir une justice mieux rendue. Les recoins du monde judiciaire sont à ce point sombres qu’il faut beaucoup de détermination et de chance aussi pour que la justice puisse être rendue de façon sereine, claire et correcte et que le justiciable s’y retrouve lors de ses démêlés avec elle. Agir en justice tient bien trop souvent d’un véritable parcours du combattant ; pas normal cela...

  • Le 1er avril 2013 à 13:05, par skoby

    Comme je n’ai pas vu la pièce, il est diffiçile de livrer des commentaires valables.
    Par contre, ce dont je suis certain, c’est que les Juges n’écoutent que les avocats et
    pas les individus, qu’ils soient plaignants ou poursuivis.
    L’individu est un être inexistant aux yeux de certains Juges.
    2è certitude : les Juges ne connaissent pas leur dossier.
    J’ai vécu personnellement la chose. Mon avocat avait été vérifié le dossier la veille
    du procès. Une déclaration faites à la Police s’y trouvait comme prévu.
    Comme la Juge fût très étonnée lorsque mon avocat fit référence à cette déclaration, dont elle présenta une copie à la Juge, celle-ci dit que cette pièce ne figurait pas au
    dossier. Grâce à cette preuve, ce fût l’acquittement. Si mon avocat n’avait pas eu la copie avec elle, je n’aurais pas évité une condamnation injuste.

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