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La « chouette heure » du lycée Dashbeck : un exemple pour une autre Justice ?
par Thérèse Jeunejean, le 17 avril 2015

Le lycée Dashbeck de Bruxelles mène depuis quelques années une expérience à la fois pédagogique et sociale, appelée la « chouette heure ». Il s’agit de temps et d’échanges de paroles entre les élèves ou entre les élèves et l’équipe scolaire à propos de grands thèmes, de prises en compte de situations (notamment de conflit), potentielles ou réelles, de leur gestion et de leur résolution par des méthodes respectueuses de l’autre et refusant la violence tant verbale que physique… Bref, d’une série de questions que la Justice traite à sa manière en recourant d’ailleurs, parfois, à des alternatives comme la conciliation, la médiation…

Ceci justifie que, grâce au concours de Thérèse Jeunejean, Justice-en-ligne présente davantage cette « chouette heure ».

En quoi consiste la « chouette heure » ?

En 2009, des professeurs du lycée Dashbeck au centre de Bruxelles constatent chez les élèves une augmentation des incivilités. Ils identifient chez eux un mal-être susceptible de mener à la violence, au harcèlement, à diverses addictions et assuétudes vis-à-vis desquelles les campagnes de prévention semblent peu efficaces. Il faut modifier les pratiques pédagogiques classiques ! Un peu par hasard, ces enseignants rencontrent Isidore Pelc, psychiatre et professeur à l’Université libre de Bruxelles, qui met en avant l’importance du bien-être pour un « développement humain durable ».

Au mal-être, le lycée Dachsbek va opposer la recherche du bien-être via des pratiques pédagogiques positives : des « Ateliers du bien-être », pratiqués pendant la « chouette heure », sont mis sur pied. Il s’agit d’activités de prévention globale, non ciblée sur une problématique, et cultivant le respect au sein du groupe classe. Ces activités visent « à rendre les adolescents conscients qu’ils peuvent eux-mêmes identifier et désamorcer leur mal-être, aidés par un espace de parole grâce à laquelle ils découvrent et pratiquent le bien-être pour leur développement humain durable ».

Mais comment cela se passe-t-il ?

La chouette heure est instaurée, tous les quinze jours, pour les différentes classes de première et deuxième secondaires, en alternance avec une réunion de concertation des professeurs concernés pour l’évaluation et la préparation de cette activité. Professeurs qui se sont formés à ces ateliers. Les élèves apprennent à s’exprimer et à écouter, grâce à la circulation du bâton de parole. Ce qui est dit ne sort pas de la pièce où ils se trouvent, assis en rond avec leur titulaire volontaire. Parmi les thèmes des animations : la relation aux autres et le conflit, l’autorité, la rencontre d’autres milieux et encore l’ouverture, l’information, les besoins personnels.

Ces thèmes sont abordés via différents outils : affiches, jeux, mises en situation, etc. En début d’année, une charte est collectivement élaborée par chaque classe, qui y décide des règles de vie communautaire, dont l’application sera évaluée tout au long de l’année.

Quelques exemples d’ateliers

Après une bagarre dans la cour de récréation pour des motifs ethniques, les élèves sont mis en situation : une vive altercation a opposé la caissière maghrébine d’une grande surface et un client africain. Un témoin a assisté à cette escalade de propos, d’insultes. Comment chaque jeune aurait-il réagi à la place de l’une et des autres ? Comment décoder ce qui s’est passé ?

Comment comprendre ? Ensemble, on reconnait des émotions, on met des mots, on recherche comment l’échange aurait pu ne pas être agressif, comment il aurait été possible d’éviter la violence.

Autre exemple d’activité : les élèves se donnent des surnoms négatifs qui, souvent, sont blessants (« le gros, boudin, planche à repasser… » ). Il est proposé à chacun d’écrire, sur une feuille pliée en deux, trois qualités personnelles et, face cachée, leur prénom. Les papiers changent de main et les jeunes doivent alors trouver, en fonction des qualités citées, un surnom positif. Débriefing ensuite : pourquoi cette activité était-elle nécessaire ?

Quels problèmes crée-t-on avec ces surnoms ? Comment réagir quand on a un surnom qu’on déteste ?

Après les tueries chez Charlie Hebdo, la « chouette heure » a permis d’accueillir la parole des jeunes, d’y réagir quand elle était intolérable mais dans le respect, en suscitant la réflexion, en fournissant des explications, des documents. Avoir appris à s’écouter, y être aidé par le bâton de parole, est évidemment un atout indiscutable pour aborder des thèmes délicats.

Ces activités ne sont pas choisies au hasard mais bien en lien avec la vie quotidienne des classes. En début d’heure, chaque jeune prend la parole pour dire « ça va/ça ne va pas ». Il est interdit de réagir à cet outil classique de la pédagogie institutionnelle mais inévitablement, cette expression aide à prendre très vite en compte les problèmes, les conflits (entre élèves mais aussi parfois entre professeurs et élèves), les harcèlements. Et donc de chercher d’autres manières, respectueuses de chacun, de les gérer.

La « chouette heure » en danger ?

Des subsides du Fonds Houtman ont permis l’indispensable formation des enseignants volontaires, leur formation initiale n’ayant pas tenu compte de cet aspect « bien-être ». Le lycée Dachsbek étant reconnu en enseignement différencié, a pu organiser cette « chouette heure » pour tous les élèves du premier degré de l’enseignement secondaire. Actuellement, les enseignants craignent une modification du NTPP (nombre total de « périodes professeur », calculé sur base du nombre d’élèves et un peu plus élevé dans une école en enseignement différencié) qui mettrait son existence en cause.

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