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Les articles ci-dessous ont également été publiés dans ce dossier :

Nous avons lu « Le Musée de Tongres est mort ! Vive la prison ? », de Jean-Marc Mahy et Luk Vervaet
par Solange Pourveur, le 12 mai 2020

La prison de Tongres, datant de 1844, après avoir été fermée en 2005, est devenue un musée, à son tour fermé trois ans plus tard.

Jean-Marc Mahy et Luk Vervaet lui consacre un ouvrage, « Le Musée de Tongres est mort ! Vive la prison ? ».

Solange Pourveur, présidente de l’association des visiteurs francophones de prison de Belgique, le présente ci-dessous en faisant part également de son expérience de ce que cet ouvrage révèle sur la place des prisons au sein de notre société et sur les conditions pénitentiaires en vigueur aujourd’hui.

1. Depuis de nombreuses années, la prison de Tongres alimente la polémique.
Pour rappel, lors de sa désaffection en 2005 pour cause d’insalubrité, la prison de Tongres est transformée en musée.

Cette ancienne prison, datant de 1844, offrait des cellules en piteux état, sans parler des odeurs tenaces…, et de leur dimension de plus ou moins 9 m2. Sur leurs murs, on pouvait lire tout le désespoir de ceux qui les avaient habitées mais aussi les mots qui exprimaient leur ressentiment, leur haine, leurs idées de vengeance…
Ce lieu ouvert un temps au public était un lieu de passage, de jeunes encadrés par leurs éducateurs ou par leurs enseignants, mais aussi pour tout citoyen.

Par décision politique, le musée a été fermé en 2008 malgré les protestations de magistrats, de criminologues, d’avocats, d’éducateurs, d’enseignants, qui justifiaient leur intervention en affirmant qu’« une visite à Tongres vaut bien plus que tous les discours moralisateurs que l’on peut tenir à des jeunes ».

2. Jean-Marc Mahy, ancien détenu devenu « éduc’acteur », et Luk Vervaet, enseignant en prison, viennent de consacrer un ouvrage à cette « prison-musée » : Le Musée de Tongres est mort ! Vive la prison ?(Éditions Academia-L’Harmattan, 136 p., préface de Philippe Landenne et postface de Christophe Dubois, avec les contributions de Peter Boelens, Fabienne Brohée, Marie-Hélène Duvivier, Linde Hermans, Joëlle Kwaschin, Françoise Ligot, Marcus, Daniel Nokin, Jean-Robin Poitevin, Christophe Rémion, Bruno Vanobbergen, Jean-Claude Vimont).

3. Jean-Marc Mahy expliquait à l’époque : « Les jeunes qui viennent ici arrivent le sourire aux lèvres, tous en repartent ébranlés ». Il suffit de lire le témoignage des jeunes, repris dans cet ouvrage et qui ont visité Tongres, pour en être convaincus.
Après une brève reconversion en centre pour mineurs délinquants, la prison sera définitivement fermée en 2019.

Ne pas se résigner sans protester…

4. Aujourd’hui le cri des auteurs et de leurs sympathisants retentit à nouveau : « sauvons le musée-prison de Tongres ! ».
Ce message nous semble plein de bon sens.
Cet outil pédagogique permettait de nourrir la réflexion et d’éviter à un certain nombre de jeunes d’emprunter le chemin qui mène à la délinquance et à l’enfermement. On pouvait y entendre le témoignage d’anciens détenus, dont celui de Jean-Marc Mahy, devenu « éduc’acteur ».

Une justice alternative plus humaine

5. Prendre conscience de la souffrance des détenus, mais aussi de « l’expérience » acquise derrière les murs ne peut que nous suggérer de rechercher d’autres pistes de justice alternative plus humaine… et qui protègent de la récidive. Tel est l’un des propos de l’ouvrage.
Plaider, par exemple, pour la justice restauratrice, qui ne se contente pas de punir, mais veille à créer du lien entre la victime et l’auteur et aide, tant que faire se peut, chacun à se reconstruire, serait une voie à explorer.

6. Les différents intervenants dans l’ouvrage développent aussi le sens ou le non-sens de la prison, l’accroissement du parc pénitentiaire, alors que certains de nos voisins ferment des prisons. La priorité est donnée à la « sécurité » au détriment de l’humain.
Ils dénoncent encore les préjugés, les mythes et mettent à mal les idées reçues.
La problématique des jeunes en difficulté est largement évoquée.
Former et éduquer est indispensable, car la fracture sociale est de plus en plus prégnante chez nous. C’est une évidence que les détenus sont majoritairement pauvres et peu éduqués. L’illettrisme est plus élevé en prison que la moyenne globale de la société.
Des collaborateurs à ce livre fustigent aussi les médias qui surfent sur l’émotion… et la politique carcérale, qui vise, comme nous l’avons déjà écrit, la sécurité avant tout.

Notre regard

7. Comme visiteurs, nous constatons aussi que les prisons belges ne remplissent pas le rôle que la loi leur attribue.
Notre regard est très critique sur les conditions de détention, le manque d’activités et de travail ainsi que les « humiliations » et les « brimades » qui poussent les détenus à bout, à des réactions virulentes et imprévisibles. Parfois, c’est une fausse soumission, qui emmagasine un potentiel non négligeable de haine et de rage. Ces détenus recherchent alors souvent un appui idéologique. Cela peut expliquer en partie la montée de certains extrémismes.

8. La surpopulation carcérale est un autre problème endémique depuis plus de vingt ans dans nos prisons.
Tout le monde s’accorde à y voir trois causes essentielles :
- l’augmentation des détentions préventives ;
- les peines qui deviennent de plus en plus longues ;
- les libérations qui se font de plus en plus attendre.

9. Cette augmentation est clairement hors proportion avec l’évolution de la criminalité : en comparaison avec la plupart des pays européens, le taux d’emprisonnement en Belgique est très élevé et il en va de même pour la longueur des peines (Council of Europe, Annual penal statistics, SPACE I - Prison Populations, Survey 2015, updated on 25 th of April 2017, disponible sur le site du Conseil de l’Europe, SPACE - Statistiques Pénales Annuelles du Conseil de l’Europe).
Les visiteurs de prison pensent, comme les auteurs, que le temps est venu de rechercher des solutions humaines, sociales et éducatives pour enfin prévenir efficacement la délinquance et la récidive car c’est notre société toute entière qui est malade, qui va à la dérive. Et construire régulièrement une prison supplémentaire ne résout rien.
L’idéal serait de renforcer l’encadrement et l’éducation tout en développant une meilleure justice sociale.
Aujourd’hui, travailler en amont sur la prévention auprès de jeunes difficiles, en décrochage scolaire, frustrés, violents, pleins de ressentiments vis-à-vis de la société, et de leur famille, fragilisée ou non, devient une priorité.
Dans le cadre de cette prévention, le musée-prison était un excellent outil pédagogique.

10. Pour terminer, nous voudrions remercier tous les intervenants pour leur prise de position, leur éclairage sur la prison et la rédaction de ce livre-témoignage.
Les faits vécus en première ligne par les auteurs ne peuvent que nous déterminer à vous encourager à vous procurer cet ouvrage.

Bonne lecture !

Votre point de vue (1 réaction)

  • Le 15 mai à 12:15, par skoby

    Je n’ai pas d’avis sur le pour et le contre du musée car je crois que la majorité
    des délinquants, décrits dans votre texte, ne sont probablement pas les visiteurs du
    musée en question. Je suis par contre pour une amélioration de l’éducation des jeunes.
    Par contre je ne suis pas convaincu que nos coupables de toutes sortes d’infractions
    subissent de plus longues peines que dans d’autre pays. Je trouve d’ailleurs que
    nous sommes devenus trop laxistes. Voyez en Wallonie, le nombre d’incendies
    criminels dans les caves d’immeubles à appartement, et le nombre de voitures
    incendiées dans les environs de Liège ! Ajoutez à cela les viols, les meurtres,etc...
    DONC mieux éduquer : OUI
    Moins sévères : NON

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