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Les articles ci-dessous ont également été publiés dans ce dossier :

Deux témoignages sur la prison recueillis par l’Observatoire international des prisons
par Olivia Nederlandt, le 3 juin 2020

Durant l’été 2019, la section belge de l’Observatoire international des prisons (OIP) a rencontré Farid, qui a été détenu de longues années au sein des prisons belges, et Rita, dont le fils est incarcéré. Tous.tes les deux ont exprimé leur volonté de témoigner au sujet de leur expérience afin de dénoncer l’état actuel du système carcéral belge.

Ce témoignage a pris la forme d’une vidéo, que vous pouvez visionner ci-dessous, présentée par Olivia Nederlandt, chercheuse FNRS et membre du Groupe de recherche en matière pénale et criminelle (GREPEC) à l’Université Saint-Louis Bruxelles, active au sein de l’OIP.

1. L’OIP est une association militante ayant pour objectifs la surveillance des conditions de détention des personnes privées de liberté et l’alerte sur les manquements aux droits de l’Homme dont la population carcérale peut faire l’objet. Son objectif principal est donc de « briser le secret » qui entoure les lieux de détention (http://oipbelgique.be/fr/).

2. Cette capsule vidéo a déjà été utilisée à l’occasion de deux événements.

En premier lieu, quelques extraits de celle-ci ont été projetés lors d’une conférence intitulée « Un monde sans peine… inévitable chaos ? », qui a eu lieu le 20 octobre 2019, à l’occasion du festival des Libertés, et qui peut être visionnée ici : https://www.youtube.com/watch?v=pYjUTGECHzo. Marie Berquin, Delphine Paci, Harold Sax et Juliette Moreau, tous membres de l’OIP, y ont pris la parole sur le sujet de l’abolitionnisme.

En second lieu, la capsule a été projetée à la suite d’une intervention d’Olivia
Nederlandt, membre de l’OIP, intitulée « La prison, la pauvreté élevée au carré », dans le cadre d’une journée d’étude intitulée « Le droit face aux pauvres », organisée à la Cour constitutionnelle le 20 décembre 2019 à l’occasion de l’accession à la retraite du juge Jean-Paul Snappe.

3. S’il est bien connu qu’en prison, on trouve principalement des personnes issues des classes sociales les plus défavorisées, Farid et Rita nous expliquent aussi que la prison va renforcer la précarité, car elle appauvrit, financièrement, socialement, psychologiquement.

En prison, les personnes détenues ne reçoivent que le strict minimum nécessaire à la survie et, pour le reste, elles doivent « cantiner » (acheter à la cantine, une sorte de magasin intérieur à la prison avec une liste limitée de produits : « en prison, tout est payant, tout, tout, tout »).

Vu le budget de 3,5 euros par jour par personne détenue pour les repas (« la soupe, c’est de l’eau »), il faut cantiner pour pouvoir s’alimenter de façon variée et saine. Il faut aussi cantiner pour téléphoner, louer une télévision, un frigo, s’acheter des produits d’hygiène, etc.

Il faut donc disposer de moyens financiers quand on est en prison, d’autant qu’il faut aussi payer les frais de justice et indemniser les parties civiles.

Or, quand on est en prison, on perd la majorité de ses droits sociaux (on ne peut notamment pas bénéficier du revenu d’intégration sociale). S’il existe une caisse d’entraide aux détenu.e.s appelée le « social », il ne s’agit que d’un « prêt » d’argent aux personnes détenues, pour leur permettre de cantiner, et qui pourra être récupéré (« le social, on ne peut pas appeler ça le social »). Si certain.e.s détenu.e.s travaillent en prison et récoltent ainsi de maigres gratifications (« le salaire il est misérable, vous avez 80 cent de l’heure et vous faites un travail d’esclave »), la majorité repose sur l’aide financière de leurs proches. Ceux.celles qui n’ont pas d’aide, … ils.elles n’ont rien.

4. La prison va donc créer un appauvrissement, parfois aussi un endettement dont il sera difficile de sortir, de la personne condamnée et de ses proches (« notre famille, elle purge avec nous »).

Outre les sommes qu’ils.elles versent aux personnes détenues pour les aider à cantiner, les proches vont également dépenser de l’argent pour pouvoir se rendre aux visites en prison (coûts du déplacement, achats sur place, etc.). Ce sont aussi les proches qui lavent le linge des personnes détenues.

5. La prison va aussi mettre à mal la possibilité de maintenir des relations sociales et affectives et entraîner une dégradation de l’état de santé physique (« ici, on ne te donne que du paracétamol ») et psychologique (« ça fait deux ans que je suis dehors, je vois un psychologue, je suis pas bien, c’est des séquelles, c’est le système qui fait ça »).

Les personnes détenues sont enfermées dans des conditions qui correspondent à des traitements dégradants (« ils sont déshumanisés, ils ne sont plus rien du tout ») et la Justice ne leur est que très difficilement accessible lorsque leurs droits sont violés (« en prison, il n’y a pas de droit, si les gens écoutent ça, il faut vraiment qu’ils entendent ça »).

À nouveau, sont touchées tant les personnes détenues que leurs proches (« tout le monde vous tourne le dos quand vous avez quelqu’un en prison »).
La peine de prison, ce n’est pas simplement la privation de liberté car celle-ci entraîne des coûts financiers et sociaux, qui peuvent par ailleurs perdurer après la fin de la peine de prison.

6. Enfin, la prison coûte cher à la société. Elle engloutit des sommes d’argent importantes (et croissantes, vu le budget de rénovation requis par le parc carcéral vieillissant, l’investissement dans l’extension de ce parc et les contrats passés avec des entreprises privées qui s’occupent de la construction et de la maintenance des nouvelles prisons et vont endetter l’État pour de nombreuses années), alors qu’elle entraîne de nombreux effets dommageables et n’empêche pas la récidive.

De telles sommes pourraient être investies dans des politiques sociales, qui préviendraient en amont la délinquance, et dans des mécanismes de compensation aux victimes, qui ne trouvent généralement pas leur compte dans la justice pénale.

7. Une prison qui vise les personnes pauvres et qui nous appauvrit tous et toutes, c’est la pauvreté au carré, c’est le reflet concentré d’une société qui creuse de plus en plus les inégalités sociales (« la loi elle ne sert qu’aux riches ; si vous avez de l’argent, vous êtes bien, si vous n’avez rien du tout, vous n’avez rien »).
Justice-en-Ligne offre ici une nouvelle résonnance à ces témoignages, n’hésitez pas à la diffuser largement.

Voici la vidéo ci dessous

Votre point de vue (1 réaction)

  • Le 4 juin à 18:16, par Skoby

    Il faudrait que la nourriture, la propreté, l’hygiène soit convenable pour les prisonniers.
    Pour le reste, je suis moins sensible aux plaintes puisqu’ils ont en principe, mérité
    la peine qui les touchent. En plus, nombreux parmi eux sont ceux qui recommencent
    et se retrouvent à nouveau en prison. Ils n’ont qu’à travailler et vivre honnêtement,
    et ils resteront libres et vivront au sein de leur famille.

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