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Nous avons lu François Ost, « Le droit, objet de passions ? I crave the law »
par Jacques Fierens, le 18 mars 2020

Le droit n’est pas d’abord fait pour les juristes, il est présent dans la vie de chacun, qu’il en ait conscience ou pas, du berceau à la naissance. Le droit n’est pas un discours intemporel, cloisonné et introverti. Il est une parole qui s’inscrit dans ce langage commun que l’on appelle la culture. Il n’est guère étonnant, dès lors, qu’il puisse entrer en dialogue avec la littérature, autre forme de parole échangée entre humains, et réciproquement.

C’est ce qu’a parfaitement compris François Ost, qui n’en est pas à sa première recherche en la matière. Il a déjà publié, dans le genre, « Raconter la loi. Aux sources de l’imaginaire juridique » (2004), « Sade et la loi » (2005) ou « Shakespeare, La comédie de la loi » (2012). Fin 2019 est paru chez Dalloz, sous sa plume, « Si le droit m’était conté ». Il est par ailleurs titulaire du cours « Droit et littérature », qu’il dispense au sein de l’Université Saint-Louis à Bruxelles.

« Le droit, objet de passions ? » explore quelques chefs d’œuvre de la littérature européenne à la recherche des « passions juridiques » qui animent les personnages mis en scène.

Certaines concernent de manière pathologique le droit pour le droit, celui-ci devenant objet, enjeu et fin de leur passion. Le premier chapitre évoque les passions et leur histoire en général. Les chapitres suivants distinguent les passions qui relèvent du « trop de droit », de l’amour excessif du droit, ou du « trop peu de droit », c’est-à-dire de la haine et de la peur de celui-ci. Ces passions disent évidemment quelque chose du droit lui-même et de ses dérives possibles.

C’est ainsi que le lecteur rencontrera, entre autres, Brutus et Antoine dans le « Jules César » de Shakespeare, « Les guêpes d’Aristophane,« Les plaideurs » de Racine,« Le Comte de Monte-Cristo » d’Alexandre Dumas, « Mathias Sandorf » de Jules Verne, la figure de Michaël Kohlaas dans les « Récits » de Heinrich von Kleist, les personnages mis en scène dans « Les dieux ont soif » d’Anatole France, Shylock dans « Le marchand de Venise » ou Angelo dans « Mesure pour mesure » (Shakespeare à nouveau), Javert des « Misérables » de Victor Hugo, « Robinson Crusoë » de Daniel Defoe, les personnages d’Honoré de Balzac, ceux de François Mauriac, de Léon Tolstoï, de Molière, de Sade, de Franz Kafka.

Les passions que tous ces personnages nourrissent à l’égard du droit sont commentées en référence à de multiples critiques, penseurs, philosophes contemporains qui précisent l’analyse, approfondissent les conclusions que l’auteur en tire.

C’est là un remarquable travail d’érudition dans un livre qui ne fait que 140 pages et qui reste facile à lire.

Ce petit opus est cependant bien plus que de l’érudition. François Ost donne à penser, ce qui est le principal. Il donne à penser sur les questions que pose le droit aujourd’hui, et qui se révèlent bien plus anciennes que l’on pourrait croire, il donne à penser aux justiciables, aux citoyens, aux militants, aux juristes.
Merci, François Ost, de si souvent aider les juristes à ne pas rester le nez collé dans nos codes, de titiller nos propres passions… et pour 7 euros à peine, ou moins cher encore si vous choisissez le format en pdf via le site de l’Académie royale de Belgique.

François OST, « Le droit, objet de passions ? I crave the law », Bruxelles, Académie royale de Belgique [coll. L’Académie en poche], 2018, 152 p.

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